Le message est immuable : « des prix, pas des primes » et la reconnaissance de « l'exception agriculturelle ». Après six ans à la tête de la Coordination rurale, et reconduit pour trois nouvelles années, Bernard Lannes garde le cap et a sonné l'alerte, à l'occasion des vœux à la presse le 4 janvier à Paris.

« Le marché actuel aux prix non rémunérateurs entraîne le désarroi et un épuisement dans les campagnes », a-t-il expliqué. Et les premières victimes sont les jeunes, « chair à canon de ce système », dénonce le président, qui entend sensibiliser les politiques : « Les candidats aux présidentielles seront invités à visiter chacun une des dizaines de vraies fermes avec des vraies comptabilités. »

Risque majeur de faillites

Quant aux plans de soutien qui se succèdent, ils semblent être du bricolage. Le dernier en date pour la consolidation des finances, le plan « Valls-Beulin », a ironisé le président, est un échec avec « seulement 200 demandes de garantie déposées à BPI France ». Certes, les paiements de décembre ont très momentanément renfloué les trésoreries. Mais 30 % des agriculteurs auraient besoin d'un refinancement entre 80 000 € et 100 000 €, selon leurs sources au ministère.

Les deux prochains mois vont donner la couleur, a averti Bernard Lannes. Si les banques ne prêtent pas, combien resteront sur le côté ? La situation est donc critique, dans une indifférence qui semble quasi générale, a accusé Véronique Le Floc'h, productrice laitière et secrétaire générale de la CR. Le syndicat, lui, militait pour une aide de 500 €/ha pour les agriculteurs en difficulté.

Identifier les abus bancaires

« Les banques signalent qu'elles pourraient être mises en cause pour soutien abusif dans 30 % des cas », a précisé Bernard Lannes. Comment comprendre cette information ? Pourraient-elles ainsi se dédouaner de ne pas prêter davantage et de renvoyer les agriculteurs vers leurs coopératives ? Ou un appel aux agriculteurs à se défendre en décelant des « abus bancaires » ? Par exemple en recourant aux services de l'Association pour la légalité des opérations et mouvements bancaires (Aplomb) , conseille le syndicat.

Pluralisme syndical

D'ici à septembre 2017, il ne se passera rien, prévoit Bernard Lannes, qui reproche un désengagement du ministre en exercice, Stéphane Le Foll. L'absence de ce dernier à leur congrès annuel à Tours ne passe décidément pas… La FNSEA aussi en a pris pour son grade avec des attaques contre leur dirigeant accusé d'être investi davantage pour l'aval que pour les agriculteurs.

Le combat du deuxième syndicat agricole pour être mieux représenté porte ses fruits, avec une prochaine entrée dans les conseils d'administration des Safer, sest réjoui Bernard Lannes. Enfin, autre bonne nouvelle, pour laquelle il se félicite d'être intervenu : l'annulation de l'impossibilité définitive de redevenir agriculteur à ceux ayant bénéficié de l'aide à la reconversion professionnelle (ARP).

Sophie Bergot