« Dans les Pyrénées ils ont l’ours, nous, on a le hamster », déclare un participant à la restitution de l’expérimentation « Cipan précoce » à Dorlisheim, en Alsace. Un projet qui s’inscrit dans le cadre du programme européen Life Alister qui vise à assurer la sauvegarde du grand hamster d’Alsace. L’Union européenne a permis d’aider les agriculteurs à hauteur de 60 €/ha pour implanter des couverts végétaux précoces de différentes compositions, via un partenariat avec la chambre d’agriculture.

Nourriture et protection

Si tant d’énergie et de financement sont consacrés au rongeur, c’est qu’il se retrouve vulnérable aux prédateurs mais aussi sans nourriture une fois la moisson passée. Or la récolte du blé correspond à la période de reproduction du petit mammifère.

Actuellement, les agriculteurs s’engagent via une MAE à mettre 24 % de cultures favorables au grand hamster sur sa zone de présence. Il peut de s’agir par exemple de blé ou de luzerne. Ils doivent ensuite laisser une petite partie du blé sur pied pour lui assurer le gîte et le couvert. Cette mesure de trois ans arrive à son terme et les prochaines MAE devraient concerner notamment l’implantation de Cipan précoce.

Devancer la réglementation

Les adhérents de la Cuma de la Plaine, structure qui s’est créée autour de la sauvegarde du grand hamster d’Alsace, préfèrent prendre les devants. « On est là pour faire avancer les choses, on souhaite faire des essais pour prouver ce qui va et ce qui va pas plutôt que de nous imposer des techniques dont on sait pertinemment qu’il y aura des échecs derrière, déclare Thomas Blum, le président de la Cuma. Le but c’est d’apporter quelque chose à l’agriculture par rapport au sol et surtout à l’agriculteur sur la gestion des intrants, des couverts et de tout ce qui tourne autour. »

Le blé sur pied ne passe pas

Ces essais sur les couverts ont un autre avantage. Ils permettent aux agriculteurs de donner une image positive de leur métier. « On fait des tests pour semer dans les blés en place pour qu’il y est tout de suite un couvert après la récolte, pour éviter la problématique du blé qui reste sur pied et qui est symbole du pain pour beaucoup et donc de nourriture », détaille Thomas Blum.

L’impact sur le paysage est un autre aspect positif des couverts végétaux. Lors de la journée de restitution des résultats en novembre, les champs étaient encore fleuris. Plusieurs agriculteurs racontent d’ailleurs, avec un peu de résignation mais aussi un sourire en coin, voir des gens tous les jours venir cueillir des fleurs dans leurs parcelles.

Tanguy DhelinJournaliste web