Si l’évolution technologique du smartphone a été très rapide, des limites apparaissent pour son utilisation professionnelle. « C’est un objet très grand public, les capteurs trop spécifiques n’y seront jamais intégrés », insistait mardi 25 avril 2017, Cyril Dumet, de CEA Tech, lors du séminaire AgroTIC qui s’est déroulé à Montpellier.

« Un autre frein réside dans la consommation énergétique de ces objets. La place de la batterie occupe jusqu’à 50 à 60 % du volume du smartphone. Et puis le prix est aussi un facteur limitant. » Une fois identifiés tous ces obstacles, que peut-on espérer quant à l’évolution de ces outils professionnels ?

« D’une douzaine de capteurs identifiés sur un smartphone ces dernières années, nous pourrions quand même en voir jusqu’à une vingtaine dans 5 ans, estime Cyril Dumet, […] cela passera notamment par des outils portatifs liés au smartphone ».

Améliorations industrielles

« Il y a chez les industriels des évolutions et des développements de dispositifs particuliers », complète Christophe Guizard de l’Irstea, lors de cette même journée AgroTIC. « Sony vient par exemple de développer un capteur Full HD sur smartphone permettant de capter 1 000 images par seconde pendant quelques secondes. C’est une performance assez remarquable. »

Huawei s’associe, lui, avec Leica pour proposer un double objectif couleur et monochrome sur le modèle de smartphone P9. « Il existe aussi le projet à 3 caméras nommé Tango », poursuit Christophe Guizard. Le smartphone Phab2 Pro lancé par Lenovo en juin 2016 à San Francisco est le premier à embarquer cette technologie de réalité augmentée de Google.

Capteur slowmotion à 1 000 images par seconde de Sony. © Sony

Double objectif du P9 de Huawei. © Huawei

Et les milieux prospectifs bouillonnent d’idées. Cyril Dumet explique ainsi que les bureaux industriels de recherche et de développement planchent sur la géolocalisation « indoor », sans GPS, sur le traitement d’image en réalité augmentée sur smartphone sans GPS, sur les capteurs de gaz, sur la plupart des captations photoniques (infrarouge, Lidar, fluorescence, multispectral, hyperspectral, terahertz…), sur les capteurs souples pour analyses chimiques…

Modules complémentaires

Quelques évolutions en termes de capteurs sont la captation en infrarouge (IR) et la spectroscopie, c’est-à-dire la décomposition d’un phénomène physique. Cela nécessite l’utilisation d’un module complémentaire au smartphone. Par exemple avec la caméra Flir One ou le détecteur Sick Sensor pour l’IR. Du côté de la spectroscopie, Alphanov propose le module Gospectro. Pour l’H2 phone de Changhong, le capteur de spectroscopie est carrément intégré. « C’est le seul du marché. Avec l’aide d’une base de données connectée, il est capable de dire ce qu’il y a dans votre assiette », décrit Christophe Guizard.

Capteur infrarouge Sick. © Sick

Flir One. © Flir

« La révolution, c’est le traitement de la donnée »

Une autre part de l’évolution industrielle des capteurs sur smartphone sera le gain de sensibilité, en pénombre notamment, d’après Christophe Guizard. « Des améliorations pourront aussi être effectuées sur la mise au point car aujourd’hui les smartphones utilisent fortement le contraste. »

Au-delà du capteur en tant que tel, Cyril Dumet estime, quant à lui, que le développement sera aussi axé sur l’information produite grâce au capteur. « Le traitement de la donnée est essentiel. La fusion de la donnée est d’avenir, pour arriver à d’autres usages. La précision millimétrique issue de données GPS et autres pourra être recherchée par la fusion des données. »

Vincent Gobert