En France, plus de 130 000 ha de maïs sont protégés biologiquement contre la pyrale grâce à l’action des trichogrammes, ces minuscules insectes auxiliaires. Efficace, ce moyen de lutte biologique reste chronophage : les diffuseurs contenant les trichogrammes doivent en effet être clipsés manuellement sur les jeunes pieds de maïs tous les 20 m.

Largage ou épandage

Deux nouvelles techniques d’application ont pour but de remédier à ces inconvénients : le largage des diffuseurs par voie aérienne à l’aide d’un drone proposé par la société Flying Eye, ou l’épandage par voie terrestre avec un robot mis au point par Bioline. Une démonstration dans l’Ain au début de l’été a permis de les découvrir.

L’épandage de trichogrammes par drone est la première application agricole de la société Flying Eye. « Les billes contenant chacune 1 800 trichogrammes sont légères, 1 g par unité, et donc facilement transportables par le drone, précise Stéphane Vermersch de Flying Eye. Dans des conditions optimales de parcellaire, il est possible de traiter 80 à 100 ha par jour ou 10 ha à l’heure. »

Pour répondre à ses clients (coopératives, négoces), Flying Eye a créé un réseau de pilotes dans plusieurs régions (Sud-Est, Lorraine et Sud-Ouest). « Il faut être en mesure de réaliser le chantier dans les contraintes de temps précis et dans les fenêtres climatiques imparties. Pour que l’intervention soit efficace, il est essentiel que le lâcher des trichogrammes et la présence d’œufs de pyrale coïncident. »

Une organisation soignée

Préparer le chantier en amont est indispensable. « En mai, explique Stéphane Vermersch, nous localisons les parcelles et établissons un programme de vol en bandes pour chacune d’elles (tous les 5, 7 ou 10 m selon les cas). En cas de proximité avec un aéroport ou une centrale nucléaire, des autorisations doivent être obtenues. Cela peut être long mais jusqu’à présent, nous n’avons pas eu de refus. »

Le recours au drone coûte actuellement 16 à 20 € HT par hectare selon la concentration des interventions et l’importance des parcelles. Lors de la démonstration dans l’Ain, les personnes présentes ont pu mesurer l’efficacité et la précision du procédé de largage des capsules. Toutefois, dans cette région, celui-ci n’est efficace que sur la seconde génération de pyrales, quand les feuilles de maïs suffisamment larges protègent par leur ombre, les trichogrammes, des grosses chaleurs.

De la fin de juin au début de juillet, quand il faut intervenir contre la première génération de pyrales, le maïs trop peu développé le plus souvent ne couvre pas suffisamment le sol. Les capsules chauffent et les trichogrammes placés à l’intérieur meurent.

Un robot pour déposer des capsules

La solution terrestre présentée par Bioline Agrosciences tient compte de ce problème. Spécialiste de la sélection et de l’élevage des trichogrammes, la société a créé un diffuseur « isolant » pour éviter que les insectes ne soient détruits par la chaleur. Elle a également construit en 2016 un prototype pour mettre en étui et poser au sol ces petites boîtes en carton.

Le robot est un engin entièrement affecté à la distribution au sol des trichogrammes. Il se cache dans une caisse d’apparence banale. À l’intérieur, d’un côté les diffuseurs de trichogrammes, de l’autre des étuis en carton. Des automatismes permettent de mettre au fur et à mesure les diffuseurs dans les étuis puis de lâcher ces derniers sur le sol à intervalle régulier par l’intermédiaire d’une goulotte.

Avec l’aide d’un GPS, les boîtes sont lâchées tous les 20 m sur le rang (avec un interrang de 20 m). Un réglage est possible tous les 15 m (jusqu’à 50 diffuseurs à l’hectare en deuxième génération). Avec une vitesse d’avancement de 10 à 15 km, il est possible de parcourir 50 ha à l’heure. La machine pourrait être fabriquée en série à partir de 2018. Son coût se situerait entre 7 000 et 10 000 €. Une utilisation en commun ou un achat par coopérative avec mise à disposition des adhérents est envisageable.

Le robot Bioline est caché à l’intérieur de la caisse. © A. Brehier.
Anne Bréhier