Le nouveau logiciel, JA’ffine, sera accessible en septembre pour tous les agriculteurs souhaitant évaluer leurs coûts de production. La démarche est simple : il suffit de saisir toutes les données relatives à son exploitation par atelier, ainsi que les charges et les subventions perçues.

L’outil, qui, à terme, devrait permettre aux agriculteurs de se comparer entre eux de manière anonyme, couvre la majorité des productions : grandes cultures, polyculture-élevage, bovins à viande, bovins laitiers, caprins, ovins. Il se veut « plus simple, plus rapide que ce qui existe déjà. Et il n’admet aucun blocage », explique Simon Bransard, instigateur, pour Jeunes Agriculteurs, du projet développé en partenariat avec le Crédit Agricole Centre Loire et une stagiaire ingénieure de l’ESA d’Angers.

Procédure de sauvegarde

Et pour Simon Bransard, le logiciel a déjà fait ses preuves. À Saint-Germain-des-Bois, dans le Cher, son père, Jean-Philippe, et lui commencent en effet tout juste à souffler, après une longue période de difficultés sur l’exploitation familiale, renforcées en 2016 par les inondations.

Ce fut l’aléa de trop qui a décidé les deux agriculteurs à s’associer en Gaec le 1er janvier 2017. Car au départ, le fils et le père exploitent chacun de leur côté leurs terres, en grandes cultures. Installé depuis octobre 2013, Simon, âgé de 27 ans, cultive 93 hectares, tandis que Jean-Philippe, 58 ans, dispose du triple, à quelques kilomètres.

Pour le père, 2016 vient en réalité en bout de course d’une longue période laborieuse : « De 1986 à 1992, ça allait très, très bien. Les premières années de la Pac, de 1992 jusqu’à 1997-1998, on les a aussi très bien acceptées. Mais depuis, j’ai surtout connu des difficultés… jusqu’à une procédure de sauvegarde en 2016 », explique Jean-Philippe.

« Un plan de redressement n’était pas adapté pour l’exploitation de mes parents, reprend le fils. On n’avait pas le choix, il fallait remettre de l’amortissement. On a donc monté un projet ensemble. Et le logiciel nous a bien aidés. »

Bannir le faible potentiel

Simon est ultrapragmatique. S’il est passionné par l’agriculture, il possède aussi la bosse des mathématiques : il a passé l’exploitation familiale au crible et a construit progressivement l’outil. « C’est simple : tout ce qui était à faible potentiel, on l’a transformé en herbe. Nous avons acheté 25 vaches, de race charolaise, pour faire de la viande. En clair, on a monté un système de polyculture-élevage, avec autonomie alimentaire. Ça fait autant de charges en moins. »

Les deux hommes cultivent aussi du blé (environ 90 ha), de l’orge d’hiver et de printemps, des pois, de la luzerne, de la lentille, du tournesol, du maïs, du colza, et, à partir de l’année prochaine, du lin. « Notre sécurité aujourd’hui vient de cette diversité. »

Une formation sur l’outil

Grâce au logiciel JA’ffine, Simon connaît le coût de production de chaque atelier. Les graphiques, proposés à chaque étape par production, lui donnent un bilan rapide de sa situation. « Et pour les charges de structure, où ça bloque en général, le logiciel s’appuie sur des références de l’Institut de l’élevage. Il s’agit de clés de répartition qui permettent à partir de la saisie du bilan comptable, de répartir les charges de structure par poste. » Le temps de saisie est évalué à environ 3 heures au total pour un système en polyculture-élevage.

Dans la région, une centaine d’exploitants, de tout âge, ont aujourd’hui adopté ce qui n’était au départ qu’un tableau Excel. « Il est actuellement développé pour être disponible au niveau national sur tout support. » L’outil sera accessible à partir de septembre, directement en ligne, au prix de 190 € pour trois années d’utilisation. Et des formations baptisées « un premier pas vers mes coûts de production », mises en place par JA, accompagneront son déploiement.

« On ne sait pas de quoi demain sera fait, mais en attendant, l’outil nous a aidés à prendre les bonnes décisions pour sauvegarder l’exploitation. »

Rosanne Aries