Bob Heers, agriculteur dans le Minnesota, aime diversifier ses sources de revenu : du maïs, du soja, des porcs, de l’énergie solaire et depuis le mois dernier, des données. Bob vient en effet de toucher 10 000 dollars (9 500 €) de la part de Farmobile, une entreprise spécialisée dans la collecte et le stockage des données des agriculteurs. Une opportunité qu’il a encore du mal à réaliser, lui qui a coupé l’an dernier l’accès de son tractoriste à ses données « parce qu’il n’était pas certain de leur utilisation ».

Reconnaître la valeur des données

Cette start-up (ou jeune pousse) basée dans le Minnesota tient un discours à contre-courant de celui des grands constructeurs, fournisseurs d’OAD (outils d’aide à la décision) et coopératives. « Eux disent : seules vos données n’ont pas de valeur. Donnez-les nous, nous allons les agglomérer et nous en ferons quelque chose d’utile comme un OAD auquel vous aurez accès à un tarif compétitif, dénonce Jason Tatge, le fondateur de Farmobile. Notre discours, c’est de rappeler à l’agriculteur que ses données ont une grande valeur, qu’elles doivent bénéficier d’un « copyright » et que leur transfert à un tiers doit être rémunéré ».

4 €/ha et par an

Farmobile passe un contrat avec les agriculteurs. La start-up fournit des boitiers-relais qui collectent les données enregistrées par les outils, les tracteurs et les machines de récolte depuis le déchaumage jusqu’à la moisson. Les données sont géolocalisées et restent la propriété de l’agriculteur. Ce dernier peut y accéder en temps réel sur une tablette ou son ordinateur de bureau. Chaque année, Farmobile achète le droit d’utiliser ces données et verse 4 €/ha de redevance à l’agriculteur.

La start-up stocke ensuite ces données et les rend anonymes. « Nous les vendons ensuite à des sociétés intéressées pour les utiliser dans le développement d’OAD ou d’autres prestations, explique Jason Tatge. Mais à chaque fois, nous demandons l’accord de l’agriculteur avant de finaliser la transaction, car c’est lui qui possède les droits sur ces big-datas ou mégadonnées. Si l’affaire est conclue, nous reversons la moitié du prix de la vente des données aux agriculteurs qui les ont fournies. »

Des clients en Europe

Farmobile bénéficie du financement d’Anterra Capital, une société de capital risque néerlandaise, et un partenariat avec un constructeur est dans les tuyaux. Pour le moment, la start-up travaille essentiellement avec des agriculteurs américains et canadiens mais des installations de boîtiers sont en cours en Hongrie.

Corinne Le Gall