Entre le puissant « campo » argentin et le non moins puissant lobby semencier, le gouvernement argentin joue les équilibristes. Il a finalement accouché début octobre d’un projet qui tente de ménager la chèvre et le chou. « Pour permettre, dans un second temps, un débat plus serein sur les questions de long terme », assure Guillermo Bernaudo, chef de cabinet du ministère de l’Agro-industrie. «...
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Entre le puissant « campo » argentin et le non moins puissant lobby semencier, le gouvernement argentin joue les équilibristes. Il a finalement accouché début octobre d’un projet qui tente de ménager la chèvre et le chou. « Pour permettre, dans un second temps, un débat plus serein sur les questions de long terme », assure Guillermo Bernaudo, chef de cabinet du ministère de l’Agro-industrie. « L’idée est de résoudre rapidement deux problèmes : la culture du commerce informel de semences et une loi qui autorise un usage propre, gratuit, avec très peu de contrôle, qui a généré des problèmes pour l’industrie semencière », explique-t-il. Le commerce informel avoisine les 30 % d’un marché global d’environ 800 millions de dollars, seulement pour le soja, selon des estimations du ministère.

Monsanto, avec la collaboration des principaux exportateurs du pays, s’était arrogé le droit de contrôler les exportations de l’oléagineux avant leur embarquement. Une façon de s’assurer qu’aucun producteur-exportateur ne passe entre les mailles du filet de la redevance sur son soja transgénique. « Monsanto a non seulement mis en péril la commercialisation des semences en signant des contrats léonins avec les producteurs. Mais, situation complètement insolite, il a également mis en danger les exportations de grains », s’insurge Omar Principe, de la Fédération agricole argentine.

Monsanto dans le viseur

Après plusieurs mois de bras de fer, en juin dernier, l’exécutif a enfin ordonné l’interdiction des contrôles par la multinationale, au profit de l’Institut national de semences, et a accéléré la rédaction d’un projet de loi attendu depuis plus de douze ans.

Si le texte est approuvé tel quel, il permettra de payer tous les droits de propriété afférents à la semence au moment de l’achat, et un système de contrôle public sera mis en place. Les semenciers recevront des royalties pendant trois ans. Pas plus, tant que les surfaces emblavées sont identiques, puisque selon les estimations du ministère, la durée de vie d’une variété de soja serait de quatre à cinq ans.

Un premier pas qui vient combler un vide juridique pour des semenciers pourtant récalcitrants. « On espérait un cadre pour 10 ou 20 ans. Les producteurs ne savent pas combien de temps ils vont utiliser une variété. On propose donc qu’ils paient tant qu’ils s’en servent, quel que soit le nombre d’années », explique Alfredo Paseyro, président de l’Association des semenciers argentins, justifiant « l’importance des contrats privés », mis en péril par la loi. « Les semenciers défendent au niveau mondial le paiement pour chaque campagne. Ils ne peuvent pas accepter formellement la restriction que nous souhaitons imposer. C’est un positionnement idéologique », analyse Guillermo Bernaudo.

L’examen du texte au Parlement sera long. Et les semenciers, contrats privés sous le coude, s’en réjouissent.

Anaïs Dubois