Le 24 juin 2015, dix gendarmes, le substitut du procureur et un interprète français-polonais ont investi la cour de la ferme de Nicolas Labiffe, à Martot (Eure). « C’était impressionnant et très stressant, se souvient le maraîcher, en EARL sur 60 ha avec son frère.
Contenu réservé aux abonnés de La France Agricole
pour vous connecter et poursuivre la lecture
19%

Vous avez parcouru 19% de l'article

Poursuivez la lecture de cet article
en profitant d’1 mois de découverte à La France Agricole
(Offre sans engagement, réservée aux personnes non abonnées)
  • > Accédez à tous les articles
  • > Recevez les 2 newsletters
  • > Recevez 4 numéros chez vous
J'en profite !

Le 24 juin 2015, dix gendarmes, le substitut du procureur et un interprète français-polonais ont investi la cour de la ferme de Nicolas Labiffe, à Martot (Eure). « C’était impressionnant et très stressant, se souvient le maraîcher, en EARL sur 60 ha avec son frère.

Deux semaines plus tôt, deux agents de la Direccte (1) et un contrôleur de la MSA avaient surgi dans le champ de salades pour vérifier les papiers des saisonniers. Deux visites surprises mal vécues par l’exploitant, qui emploie six permanents français et trois saisonniers polonais. « Ils ont contrôlé toute la plaine. On travaille dur et on nous prend pour des voleurs », tempête Nicolas.

Les services de l’Etat et la MSA ont en effet dans le collimateur certains prestataires de services internationaux (PSI) peu regardants en matière de droit social et de conditions de travail. Et le donneur d’ordres est solidairement responsable en cas d’infraction (lire l’encadré). Pour Nicolas, s’en sont suivi des dizaines d’échanges de mails avec le contrôleur et autant de mois d’insomnie.

En conformité

Après la cessation d’activité de son client principal il y a trois ans, racheté par un discounter, Nicolas a conservé son contrat mais a dû accepter de livrer ses légumes à Paris – plus de frais de transport – et de revoir ses prix à la baisse. « Je me suis donc tourné vers un prestataire étranger. » En 2012, une entreprise portugaise lui fournissait du personnel pour 10 €/h. « J’ai eu des doutes, alors j’ai contacté Europe Interim, une société polonaise qui fait de la publicité dans la presse professionnelle agricole. » Il a d’abord signé un contrat à 11 €/h puis, après les contrôles de l’été dernier, le tarif est passé à 11,20 € plus 150 € par salarié. « Le représentant français du PSI est venu me voir en catastrophe pour changer les contrats parce que les salariés devaient avoir une couverture sociale, m’a-t-il expliqué. » Après réflexion, le maraîcher a mis fin au contrat et signé avec une autre entreprise polonaise, Aterima. « Je paie 13,90 €/h/salarié mais la société est en règle. J’ai reçu une copie de tous les documents fournis à la Direccte et je peux vérifier le salaire des travailleurs détachés. J’ai aussi constaté qu’ils avaient une sorte de carte vitale polonaise. »

Le maraîcher reste néanmoins sur ses gardes : « Après le contrôle, j’ai mis à jour mes papiers, mais comme les règles changent tout le temps et que je n’ai eu aucun retour, ni de la MSA ni de la Direccte, je reste dans le doute. » Une incertitude mal vécue alors que la main-d’œuvre reste difficile à trouver.

Arielle Delest

(1) Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi.