Sur le causse, l’eau est un bien rare. « Toutes les maisons avaient des citernes, pour stocker l’eau de pluie recueillie sur les toits, et de grands bassins, les lavognes, pour faire boire les bêtes. L’eau potable au robinet n’est arrivée qu’en 1964, venue du mont Aigoual, grâce à 140 km de canalisations », raconte Hélène Pratlong, en faisant visiter la Ferme caussenarde d’autrefois. Situé...
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Sur le causse, l’eau est un bien rare. « Toutes les maisons avaient des citernes, pour stocker l’eau de pluie recueillie sur les toits, et de grands bassins, les lavognes, pour faire boire les bêtes. L’eau potable au robinet n’est arrivée qu’en 1964, venue du mont Aigoual, grâce à 140 km de canalisations », raconte Hélène Pratlong, en faisant visiter la Ferme caussenarde d’autrefois. Située dans le hameau de Hyelzas, dans la commune d’Hures-la-Parade, en Lozère, la maison a été construite en 1630. « Elle a été habitée jusqu’en 1946. Et en 1973, mes grands-parents, Armand et Marie Pratlong, ont décidé de l’ouvrir au public », précise-t-elle. Les pièces ont été conservées en l’état, avec des meubles et des objets de l’époque. En passant d’une pièce à l’autre, on peut encore imaginer les scènes de la vie quotidienne qui s’y déroulaient.

Pour ne pas perdre de parcelle cultivable, cette ferme a été bâtie sur le rocher. Sa toiture en lauzes repose sur des voûtes en pierre. « Sur le causse, il y a très peu d’arbres, donc peu de bois pour les charpentes », explique Hélène. Cette grande maison abritait toute la famille, le berger, les brebis, les bœufs de travail, quelques porcs, les stocks de grains et de pommes de terre. Tout était prévu pour une vie en autarcie. Durant l’hiver, les paysans étaient isolés. « Le four à pain, encore en état, reprend du service tous les mardis durant l’été, poursuit-elle. Et pour faire vivre la forge, nous invitons un jeune artisan à travailler ici chaque semaine. »

Les hommes et les brebis peuplent depuis des millénaires ce vaste plateau calcaire, planté comme une île entre les gorges du Tarn et de la Jonte. « Les premières traces d’habitat permanent datent d’il y a huit mille ans et celles de troupeaux ovins d’il y a cinq mille ans », raconte Philippe Chambon, historien et guide conférencier à Meyrueis. Pendant longtemps, les paysans ont utilisé la laine de leurs brebis caussenardes pour tisser des draps, qu’ils vendaient dans les vallées alentour. Puis, à partir de 1880, des brebis laitières les ont remplacées, avec le développement du roquefort.

Les troupeaux, qui pâturent sur de vastes parcours, continuent à façonner le paysage semi-ouvert, classé en 2011 au patrimoine culturel mondial de l’Unesco. À Hyelzas, la fromagerie du Fédou transforme le lait cru d’une vingtaine d’éleveurs de brebis. « Sur le causse, nous sommes cinq cents habitants pour vingt mille brebis ! » souligne Hélène Pratlong.

PAR Frédérique Ehrhard