Elles sont loin, les recommandations trimestrielles de l’interprofession laitière (Cniel) sur l’évolution du prix du lait, mises au ban il y a tout juste dix ans par la DGCCRF (1). Depuis, la filière a vécu de profondes mutations, avec l’institution de la contractualisation entre éleveurs et industriels en 2010, la reconnaissance des organisations de producteurs (OP) en 2012, et la fin des quotas laitiers le 1er avril 2015.
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Elles sont loin, les recommandations trimestrielles de l’interprofession laitière (Cniel) sur l’évolution du prix du lait, mises au ban il y a tout juste dix ans par la DGCCRF (1). Depuis, la filière a vécu de profondes mutations, avec l’institution de la contractualisation entre éleveurs et industriels en 2010, la reconnaissance des organisations de producteurs (OP) en 2012, et la fin des quotas laitiers le 1er avril 2015.

Elle a surtout affronté deux crises majeures du prix du lait, sur fond de déséquilibre des marchés à l’échelle européenne. La première, en 2009, fut brève mais aiguë. La seconde, qui court depuis 2015, est la conséquence de la surproduction laitière après la fin des quotas, et de l’instabilité qui règne depuis. Les éleveurs en payent le prix fort, et les trésoreries peinent à se renflouer.

Peser davantage

Pour une meilleure rémunération des producteurs, le plan de la filière laitière rédigé à l’issue des États généraux de l’alimentation mise sur la valorisation du lait destiné au marché intérieur, qui demeure le principal débouché des volumes collectés en France (lire p. 62). Mais l’idée d’une « valeur socle » du lait et des produits laitiers se heurte aux réticences du maillon intermédiaire que sont les industriels. Du chemin reste également à parcourir pour davantage de clarté dans les relations commerciales entre transformateurs et distributeurs.

La filière compte également sur les débouchés à l’international (lire p. 64). Le créneau des laits infantiles à destination de la Chine est particulièrement plébiscité. Les partenariats entre industriels français et chinois fleurissent, donnant naissance à d’importants complexes industriels. Ces liaisons ne sont pourtant pas sans risques, à l’image des difficultés de Sodiaal et des Maîtres laitiers du Cotentin avec Synutra. À l’export, le choix des marchés et des partenaires est crucial, tout comme la bonne valorisation des sous-produits générés.

Pour autant, les transformateurs français contiennent la collecte de lait conventionnel, afin de limiter les volumes excédentaires (lire p. 65). Ils pourraient toutefois se faire surprendre par le dangereux vieillissement démographique des éleveurs, et le renouvellement incertain des générations.

Afin de rééquilibrer le rapport de force entre producteurs et transformateurs, les OP se sont affirmées comme des interlocuteurs incontournables (lire p. 66). Pour peser davantage dans la filière, elles espèrent trouver leur place au sein de l’interprofession. Il leur faudra également poursuivre leur effort de recrutement. D’après le Cniel, 22 % des producteurs n’adhèrent pas à une OP reconnue.

La quête du juste prix

La négociation d’accords-cadres constitue leur principale mission. Les premiers du nom, signés en 2012, sont arrivés à échéance en 2017. Pourtant, ils n’ont, pour la plupart, pas été renouvelés, principalement en raison de désaccords sur ce qui constitue le nerf de la guerre : la formule du prix du lait (lire p. 67). L’équation est pour le moins périlleuse, nécessitant d’intégrer à la fois les coûts de production et les mix-produits des entreprises.

Tous ces éléments qui influent sur le prix du lait sont parfois difficiles à appréhender depuis son exploitation.

Une chose est sûre : seul un prix rémunérateur permettra à la filière française de maintenir la production sur son territoire. À l’heure où le soutien financier de Bruxelles à l’agriculture tend à se consumer, les consommateurs devront également prendre conscience qu’ils comptent parmi les bénéficiaires des aides de la politique agricole commune. Et qu’au moment de faire les courses, il faudra peut-être débourser quelques euros supplémentaires pour espérer pérenniser l’activité d’élevage dans le pays aux mille fromages.

(1) Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.