La demande sociétale sur le bien-être animal, quoi qu’on en pense, est durablement installée dans le paysage, rejaillissant sur les exigences des opérateurs aval des filières vis-à-vis des conditions d’élevage. Cette pression va inéluctablement dans le sens d’une plus grande liberté des animaux aux différents stades de leur vie. Le pas a été franchi pour les truies gestantes (la réglementation...
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La demande sociétale sur le bien-être animal, quoi qu’on en pense, est durablement installée dans le paysage, rejaillissant sur les exigences des opérateurs aval des filières vis-à-vis des conditions d’élevage. Cette pression va inéluctablement dans le sens d’une plus grande liberté des animaux aux différents stades de leur vie. Le pas a été franchi pour les truies gestantes (la réglementation européenne date de 2001, traduite en droit français en 2003, avec une échéance en 2012). Après le passage en groupe, de nombreux éleveurs ont souligné une amélioration de la relation homme-animal, et un intérêt renouvelé de leur métier. Mais la marche est plus haute pour la case maternité, car laisser des truies libres a comme corollaire une hausse non négligeable du nombre de porcelets écrasés par la mère (voir l’encadré ci-dessous).

Éviter le scénario des poules pondeuses

Que dit la réglementation ? « Libérer les truies en maternité n’est pas une obligation légale, et il n’y a rien en projet à ce jour », confirme Frédric Laloy, référent national protection des animaux d’élevage au ministère de l’Agriculture. Pour autant, la filière ne peut pas rester les bras croisés. Car parfois, le réglementaire ne suffit plus pour assurer un débouché… Les éleveurs redoutent un scénario comme celui qui s’est produit pour les poules pondeuses en cage, en 2017 et 2018, aboutissant à l’exigence de la grande distribution d’arriver à 50 %, voire 0 % d’œufs en cage d’ici à 2025. Pour prévenir une crise similaire, distributeurs et transformateurs pourraient être tentés d’inclure davantage cette exigence dans les divers cahiers des charges concernant le porc.

Les éleveurs également s’y intéressent de plus en plus, poussés par le regard des consommateurs ou leur propre sensibilité. Les producteurs en bio, les élevages de plein air, ainsi que plusieurs races locales en IGP/AOP, à l’instar du porc noir de Bigorre ou du porc basque, mènent déjà leurs truies en liberté. En conventionnel aussi, c’est possible. « Depuis deux ou trois ans, le regard des éleveurs a changé, confirme Yannick Ramonet, ingénieur à la chambre d’agriculture de la Bretagne. Sur le plan technique, ils se rendent compte que, finalement, c’est faisable, et que les performances sont correctes. Et en termes d’image, montrer des truies bloquées ou en liberté, ce n’est pas comparable… L’enjeu est davantage un enjeu économique que de performances », la question étant de savoir comment financer le surcoût.

Accepter le risque

Néanmoins, plusieurs obstacles sont à franchir, le principal étant l’écrasement des porcelets lorsque la truie se couche. « La mortalité fait partie du système, résume Yannick Ramonet. Les associations welfaristes peuvent accepter qu’il y ait davantage de morts, tant que cela reste à un niveau raisonnable. Toute la question est de savoir si, en tant qu’éleveur, j’accepte ou non ce risque. Ensuite, il existe des pratiques de gestion du risque (durée de blocage, renouvellement, génétique…). Pour un producteur attaché au critère du nombre de porcelets sevrés, il est peut-être préférable de partir sur un autre modèle. »

Des travaux sont menés en France et en Europe sur les durées de contention, les équipements et les pratiques qui permettent de réduire ce risque à un niveau acceptable, économiquement et psychologiquement (voir les deux premiers sujets). Au cours de l’année, la station expérimentale de Guernevez (Finistère) va suivre plusieurs élevages avec des truies en liberté pour comparer leurs résultats à ceux obtenus en station. Cela devrait permettre d’aller plus loin sur la conduite d’élevage, la génétique, le coût, le comportement animal, l’occupation de l’espace…

En parallèle, les éleveurs porcins doivent garder en tête que d’autres dossiers sur le bien-être se profilent (voir les deux derniers sujets).