Après avoir longtemps considéré les sols comme des supports de production inertes, nous redécouvrons que ce sont de véritables écosystèmes sur lesquels repose notre production agricole. Le monde semble soudainement en prendre conscience : après l’année internationale des sols en 2015 et l’initiative « 4 pour 1 000 » plébiscitée lors de la Cop21 à Paris, la préservation...
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Après avoir longtemps considéré les sols comme des supports de production inertes, nous redécouvrons que ce sont de véritables écosystèmes sur lesquels repose notre production agricole. Le monde semble soudainement en prendre conscience : après l’année internationale des sols en 2015 et l’initiative « 4 pour 1 000 » plébiscitée lors de la Cop21 à Paris, la préservation des sols est au programme du G20, qui se tiendra à la fin de l’année en Argentine.

Manque d’humus

Pour de nombreux spécialistes, il a fallu attendre d’être au pied du mur pour les reconsidérer. Au fil des années, plusieurs rapports internationaux ont tiré la sonnette d’alarme quant à l’impact de leur dégradation. Une étude massive réalisée par une centaine de chercheurs internationaux, et publiée en mars 2018, alerte sur l’état préoccupant des sols de la planète. Elle indique que, d’ici à 2050, la combinaison de la dégradation des terres et du changement climatique devrait réduire les rendements de 10 % en moyenne, et jusqu’à 50 % dans certaines régions.

Les causes de cette dégradation sont multiples : érosion, compaction, épuisement, artificialisation, pollution… L’Association pour une agriculture durable (Apad) rappelle qu’en France, 3 000 hectares par an deviennent infertiles. Et qu’il faut au moins cent cinquante ans pour former un centimètre de sol, qui peut disparaître en une heure d’orage.

Face à ces constats, quelles sont les solutions ? Il convient de rappeler que structure et fertilité du sol sont intimement liées. En effet, les matières organiques transformées en humus se lient avec les argiles et les minéraux, formant le « complexe argilo-humique ». Celui-ci confère au sol sa résistance à la dispersion par l’eau. L’humus provient de la décomposition par la vie du sol des résidus de végétaux, des exsudats racinaires, des sécrétions et cadavres d’animaux, des apports de fumiers, lisiers, composts, etc. Augmenter la fertilité organique de son sol revient donc à accroître sa stabilité structurale.

Quel que soit le système de culture, « le premier élément à introduire est le couvert végétal », explique Sarah Singla, agricultrice dans l’Aveyron, qui milite pour faire connaître l’agriculture de conservation (lire p. 39). La couverture du sol permet un apport de matière organique, une structuration du terrain grâce aux racines et une protection de la surface. En France, on estime que 18 % du territoire serait touché par l’érosion. Dans certains secteurs, notamment les terrains en pente très travaillés, la perte de la fertilité est visible (lire p. 38).

Des agriculteurs pionniers expérimentent, depuis de nombreuses années, des solutions pour améliorer leurs sols. Ils ont cependant le sentiment de ne pas être soutenus, ni aidés par les pouvoirs publics. Certains regrettent que le gouvernement se soit focalisé sur l’agriculture biologique, qui nécessite un travail des terres régulier. De même, la croisade contre le glyphosate est perçue comme un frein à l’agriculture de conservation.

L’innovation est dans le pré

Face à ces constats, des voix s’élèvent pour proposer une rémunération des agriculteurs en fonction de leurs résultats et non des moyens mis en œuvre.

La dégradation des sols impactant souvent la qualité des eaux, des financements publics et privés se débloquent. Sur le plateau de Valensole (Alpes-de-Haute-Provence), où les terres sont appauvries, le projet Regain (lire p. 40) a permis d’implanter des couverts végétaux entre les rangs de lavandin, rompant avec une longue tradition d’esthétisme. Car c’est aussi de cela dont il s’agit : rompre avec l’injonction du « champ propre ».

Selon Michel Griffon, ingénieur agronome ayant contribué au concept d’agriculture écologiquement intensive, « il faut passer du système où il n’y a qu’une seule espèce cultivée et où le reste est éradiqué, à un système où la plante est cultivée avec des compagnes régulées. Il n’y a que 350 espèces cultivées, contre des centaines de milliers “non désirées” : doit-on tout éradiquer ? »

Pour redonner au sol sa fertilité perdue, un premier pas consiste à lui fournir de la biomasse, qui doit être adaptée au contexte de l’exploitation. Chaque agriculteur va développer une stratégie différente, mais l’échange et la diffusion des connaissances sont primordiaux pour aller de l’avant. Des journées « fermes ouvertes » sont régulièrement proposées par les différentes structures. Ainsi, du 14 au 16 septembre, l’Apad organise les « journées patrimoine sol » dans de nombreux départements. L’occasion de découvrir de nouvelles pratiques et d’en apprendre davantage.