L’élevage se situe sur le temps long de la domestication. C’est une dynamique historique. Il insère les animaux dans le travail des humains. La production animale est issue de la zootechnie née au XIXe siècle. Elle avait pour mission de faire de l’élevage une activité rentable en utilisant l’animal comme une ressource dont il faut dégager des profits.
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La production animale n’est pas l’élevage

L’élevage se situe sur le temps long de la domestication. C’est une dynamique historique. Il insère les animaux dans le travail des humains. La production animale est issue de la zootechnie née au XIXe siècle. Elle avait pour mission de faire de l’élevage une activité rentable en utilisant l’animal comme une ressource dont il faut dégager des profits.

Ces 150 ans d’industrialisation ont saccagé nos relations avec les animaux d’élevage. Pourtant, les animaux issus des processus industriels vont disparaître, remplacés par la viande in vitro promise dans les linéaires avant dix ans. C’est le stade ultime de l’industrialisation de l’élevage, la production de matière animale sans les animaux.

Des acteurs économiques puissants, comme la fondation Bill Gates ou le cofondateur de Google, financent la production de substituts végétaux à l’alimentation carnée. Avec l’intention affichée de capter le marché, de faire plus propre, plus respectueux des animaux que les systèmes industriels. Mais derrière les start-up qui élaborent des substituts, se cachent entre autres des mastodontes du soja. Et finalement l’association L214 qui fait tant de bruit et promeut en France la disparition de l’élevage, fait leur service avant-vente. Sans mesurer que la fin de l’élevage signe la disparition de tout animal domestique, y compris chiens et chevaux.

Humain avec les animaux

Quand on parle de donner la citoyenneté aux animaux, cela ne tient pas debout : où est le monde réel ? Quel bénéfice pour les animaux si le but est de les faire sortir de la relation avec les humains ? Entre éleveurs et animaux, il y a don et contre don.

Lorsque l’on observe les animaux pendant la traite, il n’y a pas que la soumission à la machine. Il y a une autre dimension à l’échange. Et lorsque les éleveurs parlent de leurs animaux, ils ne parlent pas que kilo de viande ou de lait. Ce que chacun s’apporte, est difficile à décrire : c’est un lien fort, de vie, de travail, de mort. Quel type d’humain émergerait d’un monde sans animaux ?

Dans les systèmes industriels, ce lien de don est rompu. La souffrance des animaux comme des hommes est flagrante. Les règles de bien-être animal sont un pis-aller. Surtout quand elles aboutissent à la ferme des mille vaches ! L’animal n’aura pas été maltraité. Mais quel intérêt aura eu sa vie ? Et si la fin de la castration au nom du bien-être, entraîne de tuer des porcs plus jeunes, cela n’a pas de sens. Le noyau de l’acceptabilité sociétale de l’élevage est l’acceptation de la mort des animaux. Cela suppose que l’on a donné aux animaux une vie à la hauteur de celle qu’on va prendre.

Abattage à la ferme

Les petits abattoirs fonctionnent hélas avec les règles des abattoirs industriels. C’est pourquoi nous avons créé un collectif « Quand l’abattoir vient à la ferme » pour promouvoir l’abattage à la ferme. Nous étudions ce qui se passe en Allemagne, avec étourdissement des animaux, caisson d’abattage, contrôle vétérinaire. C’est ce qui est souhaitable quand l’éleveur fait tout au mieux, avec un animal tranquille, un tueur compétent. Pour pérenniser l’élevage et nos liens avec les animaux domestiques, il faut la présence de petits éleveurs, qui maîtrisent entièrement leur production, libres dans leur système.

Marie-Gabrielle Miossec