Chaque tracteur de forte puissance arrive sur le marché avec son lot de nouveaux boutons, joystick et écran. Mais qu'en est-il pour le chauffeur au moment de prendre les commandes ? Avouons-le, nous avons tous connu quelques grands moments de solitude à bord de ces engins de dernier cri.

Ainsi, les testeurs français, qui n'étaient jamais montés à bord d'un Fastrac, ont mis près d'une demi-heure à faire avancer le JCB. D'autres se demandent encore comment activer le relevage avant du Fendt ou faire apparaître certains menus sur les terminaux.

Même lorsque le tracteur roule et effectue les tâches classiques, la programmation de certaines fonctions demande parfois beaucoup de patience ou un doctorat en informatique.

Prenons par exemple une opération assez simple : le paramétrage de la position des bras du relevage pour commander l'arrêt de la prise de force. Tout semble fonctionner, l'automatisme est activé et la herse rotative tourne à plein régime.

D'une seule pression sur le relevage, le chauffeur s'attend à lever l'outil, puis à arrêter la prise de force avant que le cardan commence à claquer. Sauf que... rien ne se passe comme prévu et les dents creusent un beau cratère au milieu du champ.

Il est alors évident qu'une étape de la programmation ne s'est pas déroulée normalement mais plusieurs dizaines de minutes de lecture assidue du manuel et quelques essais seront nécessaires pour trouver la cause du problème.

1. Le Case IH Puma CVX 225 utilise la conduite par joystick à mouvement continu.

2. Le Deutz-Fahr TTV 630 est équipé d'un joystick à impulsion.

3. Le Fendt 828 Vario est doté d'un joystick à impulsions et d'un écran mixte.

4. Le JCB Fastrac 7230 combine joystick et écran tactile.

5. Le John Deere 8345 R utilise un accoudoir multifonction.

6. Le Massey Ferguson 8690 combine accoudoir et inverseur multifonction.

7. Le New Holland T 7070 Auto-command utilise un joystick à impulsions.

Débauche de technologie

Force est de constater que, dans le domaine de l'électronique, les tractoristes sont victimes de leur propre succès. La course à la technologie les conduit à lancer des produits offrant de très nombreuses possibilités mais la complexité de la conduite augmente avec le nombre de boutons dans le poste de conduite et la taille des écrans.

Pour preuve, chaque année, lors des salons agricoles, le grand public s'extasie devant les cabines de tracteur aux allures de cockpit d'Airbus. Et le chauffeur dans tout ça ?

Il doit s'adapter tant bien que mal pour maîtriser son engin. Mais il paie bien souvent pour des fonctions utiles mais trop complexes pour pouvoir s'en servir sans passer plusieurs heures le nez dans le manuel technique.

Une approche différente

Pour ce test, nous avons voulu voir avec quelle rapidité et quel confort nous pouvions prendre en main les modèles les plus évolués de chaque constructeur.

Case IH, Deutz-Fahr, Fendt, John Deere, Massey Ferguson et New Holland nous ont fourni leur tracteur le plus évolué, tous équipés d'une transmission à variation continue.

Pour la première fois, nous avons inclu un JCB Fastrac dans le test, ce tracteur pouvant entrer en concurrence avec les autres modèles chez les entrepreneurs et sur les grosses structures disposant de plusieurs sites. Il était le seul disposant d'une boîte powershift.

Claas ne souhaitant pas participer aux tests classiques avec passage au banc de la DLG (Société des agriculteurs allemands), il n'a pas été convié à ce comparatif sur l'ergonomie.

L'objectif était dans un premier temps de réaliser des travaux communs. A cet effet, nous avons attelé les tracteurs à un combiné de semis Amazone, un déchaumeur Lemken Karat, une herse rotative et un cover-crop Dal-Bo.

La largeur des outils n'avait pas d'importance puisque le but était de tester les commandes du tracteur. Une fois ces travaux maîtrisés, ce qui correspond à l'utilisation qu'en feront 90 % des chauffeurs, nous nous sommes attachés à découvrir toutes les possibilités de programmation des engins, une étape que peu d'agriculteurs franchissent actuellement, à part la jeune génération férue de technologie.

Des progrès sur la prise en main

Chaque testeur s'est attaché à réaliser ses premiers tours de roues sans ouvrir le manuel d'utilisateur afin d'évaluer l'intuitivité de la conduite. A part quelques exceptions, tous les tracteurs peuvent avancer sans explication préalable.

L'affaire se corse lorsqu'il s'agit de programmer une vitesse d'avancement ou un régime de moteur. Dans bien des cas, le problème vient plus du nom utilisé par le tractoriste que de la commande elle-même.

Par exemple, un habitué des boîtes Dyna-VT sur les Massey Ferguson saura que SV1 et SV2 sont les vitesses d'avancement mémorisées, mais un novice risque de chercher longtemps.

De même pour l'ASM chez Deutz-Fahr qui est l'automatisme de ponts. Chez JCB, c'est l'absence d'indications sur le joystick qui est déconcertante.

Mais, dans l'ensemble, les tractoristes ont progressé sur la convivialité et l'ergonomie, par rapport aux premières versions des engins à variation continue.

Deux types de terminaux

Les ordinateurs de bord sont proposés en option chez Case IH, Deutz-Fahr et New Holland et en standard chez les autres concurrents. Case IH, JCB et New Holland ont opté pour un écran tactile tandis que Massey Ferguson, John Deere et Deutz-Fahr utilisent des commandes externes avec boutons et molettes.

Seul Fendt combine les deux solutions, ce qui nous a paru être le meilleur compromis. A l'arrêt, le chauffeur bénéficie de la convivialité et de la rapidité de l'écran tactile. Au travail, lorsque le tracteur bouge trop pour utiliser le mode tactile, il peut s'agripper à la poignée et manipuler la molette. 

De nouveaux moteurs à l'horizon

L'année 2011 est une charnière pour tous ces tracteurs de forte puissance (plus de 174 ch) qui recevront progressivement des moteurs conformes à la norme Tier 4 Interim (Stage 3 b). Il n'y avait donc pas d'intérêt à tester cette année des moteurs qui ne seront plus vendus en 2011

. Nous reprendrons donc une partie des concurrents de cette année pour les tester l'été prochain avec leur nouveau moteur. Ce sera l'occasion de comparer leur consommation avec leur équipement Tier 4 Interim au banc de la DLG.

Avec, comme plat de résistance, les performances comparées des différentes solutions : réduction catalytique SCR avec traitement des gaz à l'urée, valve de recirculation des gaz d'échappement EGR ou encore filtre à particules.

Lire également :

par Henri Etignard et Corinne Le Gall Avec Guido Hoener, Frank Berning, Jan-Martin Kueper (« Top Agrar »), Emily Padfield (« Farmers Weekly »), Frits Huiden (« Boerderij ») et Norbert Uppenkamp (« LWK Munster ») (publié le 7 janvier 2010)