Affouragement en vert, pâturage tournant ou continu : bien menés les différents systèmes permettent de sortir la même quantité de lait avec des clés de gestion différentes, estime Frédéric Jacquet, technicien caprin à la chambre d'agriculture de Saône-et-Loire. Il a mené une étude auprès de 15 élevages pratiquant le pâturage des chèvres en Bourgogne. ' Les éleveurs peuvent gagner de 150 à 200 litres de lait par lactation et par chèvre en maîtrisant les aléas de la production de l'herbe dans l'année ', ajoute-t-il.

L'affouragement en vert exige le moins de surface. La gestion de la qualité de l'herbe est plus facile. Il est plus productif car il ne donne pas de refus mais demande plus de travail. Il est souvent pratiqué sur les prairies temporaires éloignées de l'exploitation. Pour approvisionner correctement les animaux, il faut prévoir, en Bourgogne, 3 ares par chèvre au printemps et 4,2 ares en été. Un système de rotation de récolte sur 8 à 10 parcelles permet d'obtenir une herbe de qualité. La taille nécessaire des parcelles est de 0,6 are par chèvre avec une exploitation de 3 à 4 jours par îlot. La nouvelle récolte intervient généralement après 25 jours de repousse. Lorsque la pousse de l'herbe est plus rapide, une récolte en foin peut s'avérer nécessaire.

En zone de plaine, le pâturage tournant est pratiqué sur des prairies temporaires avec une prédominance de la luzerne. En piémont et en charolais, il existe surtout sur des prairies permanentes recevant une pluviométrie importante. Un nombre variable de petites parcelles, de 9 à 13, est utilisé avec un chargement instantané élevé, de 83 à 285 chèvres par hectare. Une alternance d'une courte période de pâturage, de 2 à 8 jours, avec une repousse sur 10 à 60 jours est recommandée. Le but est d'obtenir une hauteur d'herbe de 9 à 12 cm à l'entrée sur la parcelle et de 6 à 7 cm à la sortie. La surface nécessaire varie de 8 à 16 ares par chèvre sur l'année. Il faut prévoir une petite surface de décharge estivale de 1 à 2 ares par chèvre pour faire face à la sécheresse. La rotation est mise en place sur 8 à 9 parcelles de 1,1 are par animal restant 3 à 4 jours au même endroit. La surface doit être suffisante pour éviter le surpâturage et l'augmentation du parasitisme. En cas d'excès d'herbe, la fauche devient l'outil de gestion de l'herbe.

Ce type de pâturage est le moins économe en surface et le plus fréquent en prairie permanente. Le parcellaire est groupé autour de l'exploitation. Les chèvres sont toujours sur la même parcelle avec un chargement instantané particulièrement faible de 11 chèvres à l'hectare.

La gestion des hauteurs d'herbe et des refus est délicate. L'herbe doit toujours avoir une hauteur de 6 à 12 cm régulée par les animaux. Le but est d'éviter le départ en épi tout en favorisant un nouveau tallage. Le sous-pâturage entraîne une herbe de qualité médiocre et le tri par les bêtes. En période de forte pousse, et au-delà d'une hauteur de 15 cm, la régulation se fait par la fauche d'une partie de la parcelle ou par l'introduction de bovins avec les chèvres.