En cette période de déficit fourrager, la tentation est grande de récupérer les résidus de récolte du maïs grain. Le jeu en vaut la chandelle dans la mesure où les cannes de maïs ont une valeur alimentaire légèrement supérieure à celle de la paille de blé. Valeurs qui peuvent être améliorées grâce à un traitement à l'ammoniac (voir ' La France agricole ' du 29 août, page 44). En revanche, il s'agit d'une matière difficile à travailler à cause de sa teneur élevée en matière sèche (MS) : entre 50 et 60 %, voire plus cette année.

' Voilà une vingtaine d'années, nous avons récolté des cannes de maïs à l'ensileuse, se rappelle Jean-Pierre Chantepie, responsable de la ferme de la Courtançon (coopérative d'insémination de l'Aube). Le grain était récolté au corn-sheller, une machine qui abîmait peu les tiges. Nous passions aussitôt derrière avec une ensileuse à becs classiques. La conservation de l'ensilage était bonne, mais il faut préciser que les tiges du maïs étaient encore vertes au moment de la récolte. Nous avons également fauché les cannes de maïs à la conditionneuse pour les reprendre avec une presse à balles rondes sans dispositif de coupe. Le produit ainsi récolté était conservé sous plastique après injection d'ammoniac. A cause de la longueur des brins, ces cannes n'étaient pas très bien acceptées par les vaches allaitantes, qui en mangeaient tout de même jusqu'à 8 kg de MS/jour. Aujourd'hui, grâce aux dispositifs de coupe, ce problème devrait être résolu. '

A Grosbreuil (Vendée), les associés du Gaec de la Gachetière enrubannent chaque année plusieurs centaines de balles rondes de cannes de maïs. Ils ont une presse spéciale sur laquelle le pick-up est remplacé par un broyeur à fléaux. Liées avec du filet, les balles sont enrubannées sans subir de traitement ou ajout de conservateur. ' Si le maïs est trop sec ou trop chétif, ça n'est pas la peine. Il vaut mieux en faire de la litière. L'idéal est de récupérer les cannes d'un maïs irrigué à fort potentiel de rendement. Elles ont conservé des sucres et un taux d'humidité suffisant pour que démarre la fermentation, conseille Didier Gigaud, l'un des associés. Cette année, les maïs récoltés en grains humides seront les meilleurs pour la récupération des cannes. Avec un grain à 38-40 % d'humidité, les cannes sont à 55-60 % de MS, ajoute-t-il. Il nous est arrivé d'enrubanner des cannes jusqu'à 65-70 % de MS, mais plus le produit est sec, plus il pose des problèmes de conservation. La récolte doit être effectuée aussitôt derrière la moissonneuse parce que le maïs attaqué perd ses sucres et des moisissures se mettent en place. Toujours à cause des moisissures, les cannes ne doivent pas avoir été exposées à la pluie. Il est impératif de serrer fort les balles. Après, nous les enrubannons avec autant de tours de film que pour de l'herbe. La fermentation en fait un produit appétent pour les vaches. '