La Vendée et la Charente-Maritime recensent leurs morts et cherchent encore les disparus de la tempête. Les hommes et leurs habitations ont été durement touchés. Les exploitations agricoles ont elles aussi été submergées par la mer. Les assauts d'un océan démonté et grossi par de forts coefficients de marée ont emporté les digues sur des kilomètres dans les marais breton, poitevin, de Rochefort et de Marennes.

L'eau salée a envahi les terres, emportant sur son passage les animaux, inondant les fourrages, les équipements, les salles de traite... « La mer est partout, c'est une catastrophe. Ici, l'économie est morte, regrette Bruno Giraud, agriculteur à Triaize, en Vendée. Ce qui nous fait peur, c'est que personne ne pense à l'agriculture. »

Dans les deux départements, les chambres d'agriculture ont commencé à recenser les dégâts. La Charente-Maritime estime à 50.000 ha les surfaces envahies. La mer s'est retirée mais l'eau salée qui stagne continue de diffuser.

Quatre ans sans cultures

En Vendée, 6.500 ha sont sous les eaux dans le marais poitevin et 2.000 ha dans le marais breton. Sur les deux départements, deux tiers concernent des grandes cultures, un tiers des prairies.

« Tout est inondé d'eau salée, constate un agriculteur. Ça veut dire qu'il n'y aura pas de cultures pendant quatre ou cinq ans » (lire l'encadré ci-dessous). Les pompes de drainage sont fichues, empêchant l'évacuation plus rapide de l'eau. Plus d'un millier de moutons, de chèvres et de bovins ont été noyés.

En Vendée, où la solidarité joue à plein, quarante-cinq troupeaux ont été relogés hors de la zone sinistrée. Des agriculteurs proposent fourrages, logements pour animaux ou bâtiments démontables. La chambre d'agriculture recense les besoins et centralise les propositions.

Dans la Charente-Maritime, même élan de solidarité. La zone sinistrée est plus étendue. Luc Servant, président de la chambre d'agriculture, souligne le désespoir de ceux qui ont tout perdu : « Passé l'effervescence des premiers jours, certains craquent », s'inquiète-t-il.

La polémique autour de l'entretien des digues prend de l'ampleur : l'Etat a la responsabilité de ces ouvrages. Les digues emportées par Xynthia avaient déjà été malmenées par la tempête de 1999. Leur remise en état a été sans cesse reportée. Une digue a déjà donné lieu à plusieurs études d'impact sans jamais satisfaire tous les protagonistes.

En Gironde, selon une estimation de la chambre, « plus de 1.500 ha de terres cultivées ont été inondés par l'eau salée, dont un tiers déjà semé en blé ». Il convient d'ajouter les terres plantées en vigne et en prairies. Les exploitations les plus touchées se situent en bordure de l'estuaire de la Gironde, sur la presqu'île d'Ambès et les îles de la Gironde.

Conserver l'agriculture

Les agriculteurs les plus découragés envisagent de tout arrêter. « Nous ferions mieux de tout vendre au Conservatoire du littoral. » Les responsables professionnels insistent pour garder l'agriculture là ou elle est. Ils devront certainement discuter pied à pied avec les représentants de l'Etat et tous les élus qui auront eux aussi un avis sur la question.

Sur le terrain, le mercredi 3 mars 2010, Bruno Le Maire a affirmé qu'il ne laisserait aucune exploitation de côté. Il a annoncé des allègements de charges : 5 millions d'euros sont déjà mobilisés par l'Etat et la MSA. Seront concernés les intérêts des emprunts des jeunes agriculteurs et les cotisations sociales des agriculteurs sinistrés.

Il a promis de mobiliser le Fonds des calamités agricoles pour compenser les pertes de récoltes non assurables (NDLR : les fourrages mais pas les grandes cultures) mais aussi les pertes de fonds : toutes les terres inondées, y compris celles consacrées aux céréales pourront bénéficier des aides à la désalinisation.

Il a enfin assuré aux professionnels inquiets des futurs contrôles Pac que l'Administration ne serait pas tatillonne. Avant la mise en place rapide des mesures, les préfectures vont réaliser une enquête dans chaque exploitation sinistrée pour trouver des solutions adaptées. Il reste à obtenir l'aval de Bruxelles et à éclaircir la question des DPU quand il n'y a plus de culture.

 

Le gypsage pour éliminer le sel

Les chambres d'agriculture de la Vendée et de la Charente-Maritime ont alerté les conseils généraux et régionaux sur la nécessité de tout mettre en oeuvre pour récupérer la valeur agronomique des terres.

Les surfaces noyées font partie de celles qui obtiennent les meilleurs rendements céréaliers dans les deux départements. Un apport de gypse peut contrer les effets du sel. Il le capte et contribue à l'évacuer par ruissellement.

L'opération est coûteuse et dure trois, quatre ans. Il n'y aura pas de récolte la première année, à peine la seconde.

Après la tempête de 1999 et une première inondation des terres, des financements avaient été obtenus auprès du conseil général (20 %), de la région (5 %) et du Fonds des calamités (45 %).

Un tiers de la facture était resté à la charge des agriculteurs. Les professionnels reçus le mercredi 3 mars 2010 par Bruno Le Maire ont demandé un suivi technique et financier sur plusieurs années.

L'arrêté catastrophe naturelle est signé

L'état de catastrophe naturelle a été déclaré, le 1er mars 2010, pour quatre départements :

- Charente-Maritime,

- Vendée,

- Vienne

- Deux-Sèvres.

Une dizaine d'autres sont à venir.

Cette déclaration permet une prise en charge des dégâts qui ne sont habituellement pas couverts par les contrats d'assurance (incendie, habitation, véhicule) ou par la garantie mortalité pour perte d'animaux : inondations, coulées de boues, glissements de terrain. (Lire Tempête : l'indemnisation des dégâts)

Les grandes cultures sont depuis peu exclues du fonds des calamités pour ce qui est de la perte de récolte.

En revanche, elles peuvent quand même émarger à ce fonds au titre de la perte de fonds (dommages au sol).

M. G. et M.-G. M. (publié le 5 mars 2010)