Que deviennent les « terres à élevage », quand l’élevage disparaît ? « Des zones à sangliers et renards », suppose Jean-Claude Villas, qui voit déjà se développer des friches. Installé en Gaec avec son épouse à Courties, dans le Gers, il élève 100 vaches et leur suite sur 170 ha, dont 110 ha de prairies. Leurs 15 000 € d&rsquo...
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Que deviennent les « terres à élevage », quand l’élevage disparaît ? « Des zones à sangliers et renards », suppose Jean-Claude Villas, qui voit déjà se développer des friches. Installé en Gaec avec son épouse à Courties, dans le Gers, il élève 100 vaches et leur suite sur 170 ha, dont 110 ha de prairies. Leurs 15 000 € d’ICHN représentent leur salaire annuel. « Notre production permet juste de couvrir les charges : notre seule marge, c’était l’ICHN… »

Peu de circuits courts

Leur Gaec fait partie des 109 exploitations exclues du zonage, pénalisées par la proximité de la plaine de l’Adour, plus riche. Autour d’eux, pourtant, ce sont des coteaux et des terres maigres et séchantes. Celles du Gaec sont passées en bio en 2015, afin de compenser, par le prix, les faibles rendements : 45 à 50 q/ha en blé. Le cheptel n’a pas été converti, faute de débouchés en broutards bio.

Avec la fin de l’ICHN, Jean-Claude Villas prévoit de diminuer l’atelier bovin pour mettre en culture les prairies qui peuvent l’être. Il voit peu de perspectives pour la viande : « Cela fait quatre-cinq ans que je suis les réunions en préfecture sur la restauration collective. On patine car les élus veulent du local, mais à des prix très bas. » Par ailleurs, l’essor des circuits courts est empêché par « la faible densité de population et le manque d’abattoirs », note François Durand, à la Coordination rurale.

Aux 109 éleveurs qui perdent 6 500 € en moyenne, il est proposé un « audit flash » gratuit, et quelques solutions palliatives : reconversion, départ à la retraite anticipé, diversification dans les énergies renouvelables ou la volaille… « Rien pour pérenniser l’élevage », résume François Durand. Or, sur les coteaux, la DDT n’exclut pas, si l’élevage bovin déclinait, « des risques d’enfrichement ou d’érosion ».

À moins de 100 km à vol d’oiseau, Sylvain Bordenave est aussi installé sur des coteaux. « Entouré de deux communes classées en montagne », précise-t-il. La ferme familiale sur laquelle il s’est installé, il y a trois ans, fait partie des 344 exclues du zonage dans les Pyrénées-Atlantiques. Comme les autres, elle a cherché à compenser le peu de surface en diversifiant son activité. « Sur 50 ha, on essaie de tirer le maximum de valeur : on a un peu de vigne et on finit tous nos animaux. Demain, s’il faut aller chercher encore plus de valeur ajoutée, ça va être compliqué ! » Se consacrer à la vigne ? Il n’y pense pas : « La moitié de mes revenus viennent de l’élevage. Et je viens d’emprunter sur vingt ans pour construire un bâtiment. » Au passage, l’annuité équivaut à l’ICHN perdue : 7 000 €. « Et sur 50 ha, la vigne en occupe quatre : qu’est-ce qu’on fait du reste ? »

Cet enjeu d’utilisation du territoire dépasse son cas particulier. Jean-Claude Villas aurait pu lui répondre : « Des zones à sangliers… »