Souvent présenté comme une solution de luxe, l'autoguidage se développe peu à peu sur les tracteurs de tête. Il faut dire que la technique a de quoi séduire.

Imaginez un peu : au volant du tracteur, une simple pression sur un bouton suffit pour engager un pilotage automatique. Plus besoin de toucher le volant, le tracteur se dirige tout seul sur la parcelle.

Il faut tout de même reprendre les commandes en bout de champ, sauf pour ceux qui ont choisi d'investir quelques milliers d'euros supplémentaires dans le guidage en fourrière.

L'avantage du système, outre le confort pour le chauffeur, est d'optimiser le rendement de l'outil en évitant les recoupements et les chandelles.

Aujourd'hui, deux solutions s'offrent à celui qui souhaite se lancer dans l'autoguidage : le montage d'une solution achetée auprès d'un spécialiste du guidage ou l'investissement, dès l'achat du tracteur, de l'équipement fourni par le tractoriste.

C'est cette dernière solution que nous avons choisi de tester lors de notre dernier essai de tracteurs.

Pour mémoire, ce comparatif portait sur les derniers modèles de haut de gamme de chaque constructeur (voir Tracteurs de plus de 200 ch : l'ergonomie et la prise en main à l'essai).

Nous avions demandé aux tractoristes de nous fournir les engins avec leur solution d'autoguidage montée d'usine. Une semaine a été spécifiquement consacrée à l'essai des équipements de guidage.

Les concurrents étaient les suivants : Case IH avec l'AFS, Deutz-Fahr et l'Agrosky, Fendt et le VarioGuide RTK, JCB avec le Trimble Ag GPS FmX, John Deere et l'Autotrack, Massey Ferguson avec le Topcon PCS 150 et enfin New Holland avec l'Intelliguide.

Les solutions de Case IH et New Holland étant très proches et utilisant le même moniteur en cabine, nous n'avons réalisé qu'un seul rapport de test pour les deux tracteurs. Néanmoins, les deux engins ont chacun réalisé les parcours de test pour évaluer la précision.

Un travail de fourmi

Pour réaliser les mesures et évaluer la précision de chaque système, nous avons fait appel à Seiler, un bureau d'ingénieurs allemand certifié pour effectuer ce type de mesures. Ce sont eux, par exemple, qui placent les repères pour les chantiers à risque.

Chaque tracteur a travaillé avec un déchaumeur Lemken Karat 9 de 4 mètres de largeur. Ce déchaumeur a été équipé de capteurs à prisme placés sur des cadres au-dessus des roues de transport. Avec leurs appareils de mesure, les ingénieurs ont été capables de mesurer à 5 mm près la position du déchaumeur et surtout l'écart par rapport au rayon ciblé.

Chaque tracteur a réalisé plusieurs passages, en ligne droite puis en courbe. Un représentant du constructeur était présent afin d'affiner les réglages. Chaque tracteur a disposé de plusieurs heures pour réaliser son meilleur parcours afin de s'affranchir des aléas liés aux coupures des signaux GPS.

Affichez les caractéristiques des tests.

Deux solutions pour le signal

Mesurer la précision de l'autoguidage au centimètre près demande bien sûr d'utiliser la meilleure correction de signal possible. C'est donc tout naturellement que les tractoristes ont fourni un système RTK. Pour obtenir cette correction de signal, deux solutions : une balise au sol placée sur la parcelle ou la récupération du signal par téléphone portable, via GPRS.

Cette dernière solution nécessite un investissement moindre, mais elle nécessite toutefois un abonnement et, surtout, la qualité du signal n'est pas toujours au rendez-vous. Il faut d'abord une bonne couverture de l'opérateur téléphonique sur la parcelle et un réseau faiblement encombré.

En effet, les opérateurs donnent la priorité aux communications téléphoniques sur les transmissions par GPRS, ce qui peut perturber la réception de la correction RTK en période de pointe. Les constructeurs qui emploient des stations ont tous fourni leur propre modèle.

Ils annoncent généralement une précision de l'ordre du centimètre avec une station de base RTK et une précision de 2 à 3 cm avec un signal de correction reçu sur le téléphone portable.

Cette petite différence s'est vérifiée lors de notre essai à l'occasion des tests sur les modèles Case IH et New Holland, équipés de la même technologie. Le deuxième, qui utilisait la correction par base, s'est montré légèrement plus précis que le premier avec son signal par mobile.

Une précision pas toujours utile

Les résultats des mesures du bureau d'ingénieurs font apparaître des différences significatives entre les matériels mais, dans l'ensemble, les performances sont à la mesure des attentes. En moyenne, la déviation par rapport à la trace idéale est rarement de plus de 10 cm en ligne droite.

Ce niveau de précision est acceptable pour des travaux tels que le semis en ligne ou la pulvérisation.La seule activité qui peut poser un problème est le binage. Mais dans ce domaine, difficile de faire mieux que les palpeurs mécaniques ou les caméras embarquées.

Descendre en dessous de ces 10 cm pour atteindre une précision de l'ordre du centimètre nécessiterait des capteurs encore plus coûteux et n'aurait pas de réelle utilité pour les travaux agricoles.

A titre de comparaison, nous avons mesuré la précision sans autoguidage avec le JCB, un tracteur dont la direction assez dure facilite le suivi d'une ligne droite. Les résultats sont sans appel. Même en étant très concentré, le chauffeur a dévié deux fois plus que les systèmes d'autoguidages.

Les ingénieurs de Seiler ont fourni deux données essentielles sur chaque tracteur : l'écart et la déviation standard. La déviation standard est la valeur moyenne de la dérive, de chaque côté du rayon cible. Cette déviation est négative lorsque le tracteur fait des recoupements et positive pour les manques (chandelles). Plus la déviation est faible, et surtout uniformément répartie autour de la cible, meilleur est le guidage. L'écart entre les valeurs minimum et maximum indique les positions les plus extrêmes atteintes par le tracteur, un peu comme les températures sur un thermomètre mini/maxi. Comme pour les déviations standards, on cherche à obtenir des valeurs le plus proches possible de la valeur cible.

Affichez les résultats des tests.

Des progrès à faire dans les courbes

Les résultats du guidage en courbe sont nettement moins enthousiasmants que ceux de la ligne droite. Aucun tracteur ne se détache vraiment et tous ont franchement dévié de la trajectoire ciblée. Certains ont dérivé de plus de 60 cm, allant jusqu'à recouper les traces des pneumatiques.

Même s'il n'a jamais réussi à recouper le rayon de référence, le chauffeur sans autoguidage est finalement la solution qui a réalisé la plus faible déviation standard.

Conclusion : si le guidage en courbe est proposé en option, il peut être intéressant de mettre son argent ailleurs, car la technique n'est pas encore tout à fait au point.

Les testeurs se sont eux aussi lancés dans la programmation afin d'évaluer la simplicité des terminaux. Et là, il faut bien avouer qu'en dépit des progrès réalisés ces dernières années, mieux vaut être à l'aise avec un ordinateur pour arriver à la dernière étape : celle de l'enclenchement de l'autoguidage. Mis à part sur le Fendt, le Case IH et le New Holland, les terminaux de contrôle de l'autoguidage sont indépendants des ordinateurs de bord du tracteur.

Il faudra donc se familiariser avec un tout nouvel environnement de travail avant de pouvoir lâcher les mains du volant.De nombreux constructeurs et fournisseurs de solution de guidage proposent des formations aux futurs utilisateurs.

Après une semaine à programmer ces boîtiers, ces formations nous semblent être un investissement rentable pour tirer le meilleur parti d'une solution coûtant autour de 20.000 euros.

par Corinne Le Gall et Henri Etignard (publié le 1er avril 2011)