Sur la route qui sillonne le sud du Rhône, aucun panneau n’indique que l’on entre ou sort d’une zone défavorisée. Les parcelles sont aussi sèches, aussi pentues, aussi morcelées, mais un pas suffit à passer de la montagne à la future « zone de plaine ». Cruel effet de seuil… Ici, les aides sont sacralisées. À côté, on n’a plus droit à rien. Parfois, la frontiè...
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Sur la route qui sillonne le sud du Rhône, aucun panneau n’indique que l’on entre ou sort d’une zone défavorisée. Les parcelles sont aussi sèches, aussi pentues, aussi morcelées, mais un pas suffit à passer de la montagne à la future « zone de plaine ». Cruel effet de seuil… Ici, les aides sont sacralisées. À côté, on n’a plus droit à rien. Parfois, la frontière traverse l’exploitation. Dans un département au parcellaire morcelé, ce n’est pas si rare.

Investissement

Dilemme : vaut-il mieux lâcher des hectares indispensables à l’autonomie fourragère ou abandonner l’ICHN essentielle à l’équilibre économique ? Guillaume Peillon n’a pas tranché. En Gaec laitier avec ses parents, il est installé dans la commune de Longes, en zone de montagne. « Le Gaec y a son siège mais nous avons 48 ha à Échalas, qui était en ZDS, et aux Haies, en piémont. Toutes deux sont exclues de la nouvelle carte des zones défavorisées. » 48 ha sur 130 de SAU : c’est 37 %. Or, au-delà de 20 % de SAU hors zone défavorisée, on perd l’ICHN en totalité. Pour le Gaec, c’était 25 000 €.

Les deux communes remplissaient pourtant les critères biophysiques. Mais un critère économique les a exclues (1). « Si on nous l’avait dit plus tôt, on n’aurait pas investi 650 000 € dans une stabulation neuve avec robot », enrage Guillaume. D’autant que, depuis la mise en route de ce dernier, en avril 2016, le Gaec a doublé sa capacité de production. Sans l’avoir vraiment choisi : « On voulait juste un bâtiment neuf et un robot, mais l’étude du centre de gestion a montré que ça ne passait pas sans augmenter le volume. » Aujourd’hui, le Gaec « retombe sur ses pattes » et affiche 1 000 € de résultat net. « Avec 25 000 € de moins, faites le calcul… »

Pour redevenir éligibles à l’ICHN, ils pourraient lâcher 28 ha hors zone. « Mais on perdrait 15 000 € de DPB et verdissement et on sortirait des critères de chargement, calcule Guillaume. Surtout, on perdrait l’autonomie fourragère ! » La pression foncière ne permet pas, à l’inverse, de retrouver des hectares en montagne. « Et on n’est pas motivés, confie Michel, le père. On est endettés et on a assez de travail ! »

Il est d’ailleurs blessé quand l’administration suggère d’investir dans de nouveaux outils et de se diversifier. « On vient d’investir, avant de savoir ce qui allait nous tomber dessus. Si on retourne voir le banquier, que va-t-il nous dire ? » Pas de salut non plus dans les MAEC : il faudrait désintensifier, donc sacrifier l’autonomie fourragère.

Les éleveurs sentent « le couteau sous la gorge ». Et ont du mal à imaginer comment installer un nouvel associé quand Michel partira à la retraite.

Vente directe

À 7 km de là, sur la commune des Haies, Christelle Bonnefoux est installée depuis février 2017. Des pentes, des cailloux et des rendements de 45 q/ha en mélange céréalier et 3 t de MS sur les prairies semblaient justifier l’ICHN. « On est exclu sur un critère économique car la vente directe qui s’est développée ici génère du chiffre d’affaires. Mais les charges sont élevées et non prises en compte ! » Écoulant la moitié de ses agneaux en direct, elle en sait quelque chose.

Son exploitation - 350 brebis, 64 ha sur place et 30 ha en groupement pastoral, un salarié à mi-temps - touche 40 000 € d’aides Pac. « Cela correspond à mon EBE prévisionnel », précise la jeune femme. Il faudra bientôt en retrancher 11 000 € d’ICHN ! Elle a encore eu droit à la DJA majorée mais s’inquiète pour l’avenir : « Déjà qu’on a du mal à trouver de jeunes éleveurs… » Quant aux fermes existantes, « rien n’est créé pour nous aider à passer le cap. On nous dit de monter des projets collectifs, mais on est peu nombreux en ovins allaitants. Et ça demande de l’énergie alors qu’on est déjà au taquet. De toute façon, ça ne se fait pas en deux ans ! »

Dans son cas, la perte ne sera compensée ni par une MAEC (déjà fait), ni en développant la vente directe : « Il faudrait un véhicule pour transporter davantage d’agneaux, ainsi qu’un atelier qui puisse les découper tous dans la journée. Et ça prend du temps, alors qu’on a déjà peu de fenêtres météo pour constituer les stocks. » Christelle pense être moins vulnérable que les laitiers, car les petits ruminants se contentent de terres plus pauvres. « Mais sans prix de vente corrects, on ne s’en sortira pas non plus. »

(1) L’importance de la vente directe et la présence d’une AOC caprine feraient grimper la PBS/ha du secteur.