Il n'y a plus de saisons ! Pour preuve, des arbres fruitiers qui se croient au printemps et refleurissent à l'automne. Plusieurs cas ont été observés dans différentes régions, notamment en Rhône-Alpes. ' Il s'agit de la manifestation la plus visible et la plus spectaculaire des conséquences de la sécheresse intense de cet été ', confirme Rémy Rageau, de l'Inra de Clermont-Ferrand.

Certains arbres, stressés par le manque d'eau, ont en effet bloqué leur végétation, comme ils ont l'habitude de le faire face aux agressions de l'hiver. Les pluies de fin août-début septembre, combinées à la douceur des températures, ont instauré un climat propice à la floraison des bourgeons initiés au cours de l'été et qui entrent normalement en dormance jusqu'à la fin de l'automne.

Les espèces les plus concernées semblent être les cerisiers, les pommiers et les poiriers. ' C'est la première fois que l'on voit ça, confesse François Boginoff, président de l'organisation de producteurs Fruitiers dauphinois à Chanas (Isère). Mais cela reste toutefois assez marginal dans nos vergers, qui sont dans leur grande majorité irrigués. Les plus touchés sont ceux qui n'ont pas été arrosés, notamment pour cause de petite récolte suite au gel du printemps, ou encore des vergers irrigués se trouvant sur des graviers blancs. '

Le retour du froid devrait stopper cette inversion de saison. Mais ces arbres ont déjà puisé dans leurs réserves, et risquent, ainsi affaiblis, de se montrer plus sensibles au gel et de ne pas donner de fruits au printemps. En effet, le stock de bourgeons floraux ne va pas se refaire, faute de temps suffisant.

' Les conséquences pour la production fruitière nationale sont toutefois minimes comparées aux dégâts, moins visibles pour l'instant, observés sur les arbres forestiers ', s'inquiète Rémy Rageau.

Au-delà de ce phénomène exceptionnel, des effets du réchauffement climatique sur les arbres fruitiers sont observés sur le terrain depuis quelques années. ' Les premières analyses ont confirmé que la décennie 1990 s'est caractérisée par un climat beaucoup plus doux que celui des années 70 et 80 ', explique Bernard Seguin, de l'Inra d'Avignon. D'après la base de données PhénoClim, il s'avère que les années à floraison précoce (quinze à vingt jours d'avance) sont de plus en plus nombreuses, pour l'ensemble des variétés fruitières et la vigne, avec des records de précocité jamais atteints auparavant (1990, 1994, 1997). ' Mais il s'agit d'une tendance et non d'une avancée systématique de floraison ', tempère Jean-Michel Legave, de l'Inra de Montpellier. Et finalement, malgré le réchauffement climatique, l'avancée de la floraison, à des périodes où les gels nocturnes sont particulièrement fréquents, augmente le risque de dégâts printaniers.

Cette tendance peut également avoir un effet sur la concordance de floraison, qui devient moins bonne entre deux variétés fruitières devant se polliniser. Ainsi, en février 2001, après un automne et un hiver particulièrement pluvieux, des arboriculteurs ont même dû prélever dans le département de la Drôme des rameaux d'une variété d'abricot en fleurs, afin de polliniser une variété du Gard qui avait fleuri beaucoup plus tard que ses pollinisateurs habituels.

Ces observations suscitent de nombreuses questions quant à l'adaptation des techniques de production (variétés à implanter ou à ne plus implanter dans les zones à risque, nécessité de tailler ou non en hiver, mise en place d'un moyen de lutte antigel dans les vergers...), auxquelles il faudra répondre dans les années qui viennent.