«En 1998, la commune audoise de Castans recherchait un emploi jeune pour monter un troupeau de moutons communal», se rappelle Adrien Lapeyre. A l'époque, ce fils d'agriculteur d'un bourg voisin a vingt-trois ans. «Après une formation en production forestière, j'avais travaillé sur l'exploitation familiale, mais il n'y avait pas assez de place pour deux», explique Adrien. Il est le seul à présenter sa candidature à la mairie de Castans. Il connaît déjà madame le maire, qui fut son institutrice. «Nous avons signé le contrat de travail en septembre 1998 pour cinq ans. Un poste rémunéré 900 euros par mois. Cela m'a laissé cinq ans pour monter ma structure. Dès 2000, je suis devenu double actif en cotisant en tant qu'agriculteur à titre secondaire. Je suis agriculteur à titre principal depuis janvier 2004. Sans le salaire et sans le logement loué à la commune, je ne serais sans doute pas installé», résume Adrien.

Berger sans troupeau

La partie était loin d'être gagnée. Lorsqu'Adrien est embauché, il n'a ni exploitation, ni terre, ni troupeau. «Mon premier travail a été de convaincre les propriétaires alentour de mettre des terres à ma disposition. Au départ, j'ai trouvé 1 ha et mis une cabane dessus. L'Office national des forêts (ONF) m'a ensuite alloué 70 ha dans le cadre d'une concession de pâturage. Le conseil général a financé les clôtures. Les vingt premières brebis sont arrivées à la fin de 1998: la mairie en a payé dix et j'ai acheté les dix autres. Et ainsi de suite chaque fois que le troupeau s'est agrandi.»

Au cours des cinq années du contrat, la mairie a consacré 2.300 euros par an à l'entretien du troupeau. Elle a bénéficié de subventions de la Région pour financer les clôtures et certains matériels. La commune a également réussi à obtenir les aides aux handicaps naturels (ICHN) et les primes ovines (PCO) sur le cheptel lui appartenant. «Grâce à cela, j'ai également pu toucher la PCO pour mes bêtes pendant la durée du contrat.»

Installation en parallèle

«J'ai eu l'opportunité de racheter une vingtaine d'hectares à quelques kilomètres. J'ai alors financé la construction d'une bergerie. A la fin de mon contrat en septembre 2003, la mairie m'a revendu le matériel (vétusté déduite) et la partie «communale» du troupeau. Globalement, l'investissement a été 100.000 euros sur cinq ans. Titulaire d'un BTS, j'ai validé mon stage de six mois avant de m'installer avec les aides en janvier 2004. Je suis à la tête d'un troupeau de 180 mères, je fais des agneaux d'herbe que j'écoule auprès de particuliers. Le défrichage des 110 ha de l'exploitation permet également la vente de bois et je fais du débroussaillage pour la commune.»

Avec son épouse, qui travaille à l'extérieur, il retape une maison achetée au milieu du village. Un bébé doit arriver bientôt. «J'en avais marre d'entendre que le pays était foutu. Maintenant, je sais que j'avais raison», sourit Adrien.

Témoignage : YOLANDE PITON, maire de Castans, dans l'Aude

«Grâce aux emplois jeunes, nous avons ramené une activité dans la commune»

«Castans, c'est une commune de moyenne montagne de 113 habitants. Nous avions un problème d'embroussaillage. C'était au moment de la création des emplois jeunes. L'idée est venue d'un “troupeau d'utilité collective”. Au départ, on était presque dans le délire, sourit-elle. L'embauche d'Adrien Lapeyre nous a confrontés à la réalité. Financièrement, grâce à la vente des agneaux du troupeau communal, l'opération s'est toujours équilibrée. Quant au salaire, il était pris en charge à 95% par l'Etat et le conseil général. Les 5% à charge de la commune représentaient 2.500 €/an.

Nous avons rempli nos objectifs, mais grâce à la pugnacité d'Adrien qui a acheté des terres, des bêtes, financé un bâtiment et bossé comme un dingue. Sans sa démarche d'installation en parallèle, au terme des cinq ans, il n'y aurait eu que le troupeau communal. Nous avons même constaté que son installation avait créé une émulation. Les terrains sont mieux entretenus.

Nous aimerions monter une autre exploitation autour de la production de châtaignes, mais les emplois jeunes n'existent plus. Nous attendons l'application des premiers contrats d'accompagnement dans l'emploi de la loi Borloo.»

par Aude Fernandez (publié le 13 mai 2005)