Les amoureux de l'autofaucheuse à trois roues jurassienne se retrouvent tous les deux ans à Leschères. Rendez-vous les 15 et 16 septembre.

« Leschères, capitale mondiale de la Kiva. » Ainsi a été baptisée la petite commune de 180 habitants du haut Jura. Ici, s'est déroulée la première concentration de la marque en septembre 2007, réunissant plus de 2 000 personnes. Cette année, les amis de l'association « Mémoires de Kiva » réitèrent leur rendez-vous (1). Plus de 150 machines, de tous les coins de la France, sont déjà inscrites. Car depuis une dizaine d'années, le « tracteur à trois roues » ou la « trottinette », comme s'amusent à l'appeler les railleurs, fait l'objet d'un véritable culte.

Dans chaque Français, il y a un paysan qui sommeille. La Kiva contribue à le réveiller. Ce sont des fils ou petits-fils d'agriculteurs, exilés en ville. Des mécaniciens chevronnés, passionnés des chromes nickel et des pièces d'aluminium astiquées. Tous aiment les plaisirs simples : le bruit des moteurs Chaise et Bernard ou les odeurs des gaz d'échappement. Ils sont de plus en plus nombreux depuis qu'un amateur éclairé a créé un site internet dédié (2).

La marque Kiva, du constructeur Henri Daloz, installé à Lons-le-Saunier, a connu ses heures de gloire de 1933 à 1974. Plusieurs milliers d'exemplaires sont sortis des ateliers jurassiens. L'autofaucheuse a participé à la glorieuse mécanisation de l'agriculture et a marqué son histoire au même titre que les nombreuses marques de tracteurs français de l'époque. Elle a été populaire car elle était moins onéreuse pour les éleveurs. En montagne, munie d'une barre de coupe moins large, elle passait plus facilement dans les prés pentus. Pendant un temps, les Ponts et Chaussées s'en sont équipés, tout comme Air France pour entretenir les abords des pistes d'atterrissage d'Orly. Les amateurs de mécanique sont servis : il existe une vingtaine de modèles différents. De la monovitesse de 1933 avec roues en fer, tirée par un cheval, à l'apparition de la quatre vitesses motorisée diesel de 1963, puis celle avec éclairage et démarrage électrique de 1965.

Les Kiva séduisent au-delà des frontières jurassiennes. A Leschères, les détenteurs d'engins viennent aussi bien du département du Nord que du Gers. Certains arrivent pour plusieurs jours avec femme et enfants. Ils se réunissent pour présenter aux amis « leur bête », comme à un concours, sauf qu'il n'y a pas de premier prix : chaque machine est inclassable, irremplaçable, mais surtout chaque histoire vécue avec la Kiva est digne d'intérêts.

Les Kivatistes s'échangent des pièces pour faire redémarrer l'appareil du grand-père, illustre souvenir encore palpable de la dynastie. « Toutes les semaines, je reçois du courrier de passionnés », souligne Camille Camp, secrétaire officiel et bénévole de l'association « Mémoires de Kiva ». Kivatistes éclairés depuis 2001, Camille Camp et son épouse Nadège sont intarissables sur l'objet de leur « dada ». « Depuis que je suis à la retraite, je consacre mon temps à la Kiva. J'ai rencontré la famille du constructeur Daloz. Nous avons pu reconstituer l'itinéraire industriel précis de la marque. Nous avons aussi pu récupérer des pièces d'origine à l'usine », poursuit Camille.

Depuis 1974, date de la fin de la production, l'usine Kiva s'est adaptée en se lançant dans la motoculture de plaisance. Devenant accessoiriste pour Honda et Kubota, l'entreprise continue son aventure en dehors du machinisme strictement agricole. ?

(1) Fête des Kiva, les 15 et 16 septembre 2009. Tél. : 03 84 42 85 11 ou 06 12 08 26 27.(2) Site : kiva-angelon.e-monsite.com.

« Chaque machine est inclassable, irremplaçable »

Les 15 et 16 septembre, les Kivatistes organiseront des démonstrations de fauche, de labour et des promenades.

Carnet de campagne

par Charles-henri Pouzet