Une coopérative, ce sont des hommes et des femmes de toutes origines et de tous âges. Une diversité qui reste aux portes des conseils d’administration. Le dernier observatoire de la gouvernance des coopératives agricoles, publié en décembre 2018 par l’ANR (1), a analysé les profils des administrateurs. Leur âge moyen est de 50,5 ans, contre 47,8 ans pour l’ensemble des agriculteurs chefs d’exploitation, selon les donné...
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Une coopérative, ce sont des hommes et des femmes de toutes origines et de tous âges. Une diversité qui reste aux portes des conseils d’administration. Le dernier observatoire de la gouvernance des coopératives agricoles, publié en décembre 2018 par l’ANR (1), a analysé les profils des administrateurs. Leur âge moyen est de 50,5 ans, contre 47,8 ans pour l’ensemble des agriculteurs chefs d’exploitation, selon les données de la MSA en 2016.

Un âge qui pose la question du renouvellement des générations dans les conseils d’administration. « En moyenne, 89 % des coopératives […] ont renouvelé des administrateurs sur les cinq dernières années, avec une moyenne de 3,5 renouvellements, soit un turn-over de 4,7 % par an, calcule l’ANR. » Il faut donc vingt et un ans en moyenne pour changer tout le conseil d’une coopérative. » Le remplacement de têtes se fait donc à un train de sénateur, voire très lentement dans certaines coopératives : 11 % d’entre elles n’ont élu aucun administrateur en cinq ans.

« Je dois refuser des jeunes motivés »

D’où vient le problème ? Du fonctionnement des coopératives ou du manque d’envie des jeunes à monter en responsabilité ? Pour Régis Serres, président de la coopérative Arterris, dans le sud-ouest de la France, la motivation des intéressés ne fait pas débat. « Mon problème aujourd’hui, c’est qu’il n’y a pas la place pour accueillir dans le conseil d’administration des coopérateurs de moins de 35 ans. Aujourd’hui, je dois refuser des jeunes motivés, sinon on serait trop nombreux. Gérer plus de 35 membres devient compliqué. » La limitation du nombre de mandats ainsi que l’âge maximum des administrateurs font partie des mesures que certaines coopératives choisissent pour atténuer le phénomène. « Chez nous, on a décidé qu’à 62 ans, il fallait quitter la gouvernance », précise Régis Serres.

Dans leur Référentiel pour une gouvernance stratégique des coopératives agricoles, Xavier Hollandts et Bertrand Valiorgue, universitaires, vont plus loin. Ils recommandent aux coopératives « d’organiser un processus permanent de repérage et d’identification d’administrateurs potentiels » et de « favoriser les parrainages » : un senior agissant comme référent d’un nouveau.

Des femmes nettement sous-représentées

Intervenant au congrès de Coop de France du 19 décembre dernier, Véronique Blin, membre du bureau de l’organisation et présidente du Centre vinicole - Champagne Nicolas Feuillatte, résumait la situation avec pragmatisme : « Il y a un temps pour transmettre et laisser la place. » Cette dernière doit être aussi laissée aux femmes, selon elle. L’objectif étant que les conseils d’administration « tendent vers une représentation féminine qui soit celle du sociétariat de la coopérative ».

En cette matière, les marges de progrès sont énormes. L’ANR constatait, dans son étude de décembre 2018, que la part des femmes dans les conseils d’administration est de seulement 8,6 %. « Elles ne se lancent pas car il y a encore trop de contraintes, explique Maryline Filippi, professeure à l’université de Bordeaux Sciences agro et chercheuse associée à l’Inra AgroParisTech. On leur demande déjà de s’occuper de l’exploitation et de prendre des responsabilités par ailleurs. Comme pour les jeunes, il serait utile de réfléchir à l’adaptation des dispositions pour les administrateurs afin de favoriser leur implication. »

Pour autant, le principe d’une parité stricte, « un homme, une femme » est illusoire. Maryline Filippi précise néanmoins qu’il est nécessaire que les conseils d’administration « reflètent la réalité, car au moins un tiers des chefs d’exploitation sont des femmes aujourd’hui ».

Ouvrir la porte aux salariés

L’autre réalité, c’est la place importante des salariés dans les effectifs des coopératives, notamment des plus grosses. « Les salariés y sont parfois plus nombreux que les agriculteurs », assure Bertrand Valiorgue. Le professeur recommande aux coopératives de les impliquer dans leur gouvernance en leur « proposant un ou deux sièges au conseil d’administration ». Cette implication tient de « la logique et du bon sens », et les coopératives n’ont qu’à y gagner, selon lui. « Les salariés apportent de nombreuses informations précises sur les enjeux que rencontre l’entreprise, ainsi que des compétences que les agriculteurs n’ont pas. » Leur présence est d’autant plus légitime qu’ils sont très attachés à leur société : 90 % d’entre eux recommanderaient à un jeune de rejoindre une coopérative, selon l’étude présentée par Coop de France en décembre 2018, soit 8 points de plus que les agriculteurs associés.

Un attachement que les employés de Triskalia ont su manifester. Le 27 août 2018, une centaine de membres du mouvement « Les faucheurs volontaires » avaient occupé un centre de stockage d’engrais et de produits phytosanitaires de la coopérative dans les Côtes-d’Armor. Ils dénonçaient les effets de ces produits sur la santé et demandaient l’arrêt de leur commercialisation. Deux jours après, c’est une erreur de livraison d’aliment chez un éleveur de la coopérative qui était pointé du doigt par un collectif de soutien aux victimes des pesticides dans l’Ouest. En réaction à ces critiques, 150 des 320 salariés que compte le siège de Triskalia s’étaient réunis, le 4 septembre devant l’entrée de leurs bureaux à Landerneau. Formant le message « #Triskalia c’est nous » au moyen de feuilles blanches imprimées, ils entendaient dénoncer les critiques dont la coopérative était la cible. « Derrière Triskalia, il y a beaucoup de monde, beaucoup de gens qui travaillent honnêtement », clamait un salarié le jour de la manifestation. Président de la coopérative, Georges Galardon résumait la situation de cette façon : « À chaque fois qu’on attaque Triskalia, c’est 20 000 personnes qui sont concernées », agriculteurs comme salariés.

(1) Association nationale de révision.