Initiation. Venant pour la plupart d'horizons non agricoles, les étudiants de première année s'initient au «B.A.-BA» du tracteur. (photo de gauche)

Etudiants-formateurs. Matthieu Luthier, président et fondateur d'AV2A, fait parti des dix-sept étudiants-formateurs de l'association. (photo de droite, en haut)

Projet pédagogique. Philippe Choquet, directeur de l'institut LaSalle Beauvais, a intégré la formation tracto-conduite aux programmes d'enseignement. (photo de droite, en bas)

Au volant, Jean-Luc Vialle, professeur de chimie à l'institut polytechnique La Salle de Beauvais. Pierre Lavault, vingt ans et étudiant à l'école d'ingénieur, lui apprend à manoeuvrer. L'élève a pris la place du maître. Pierre fait partie de l'association pour la valorisation et la vulgarisation de l'agromachinisme (AV2A), qui dispense des formations à la conduite de tracteurs au sein de l'établissement.

Le président de l'association, Matthieu Luthier, vingt-cinq ans, est en quatrième année de spécialisation agricole à l'institut. Il a fondé AV2A en mars 2007, avec huit autres élèves ingénieurs passionnés de machinisme. Le projet est parti d'un constat simple: aucune formation à la conduite des tracteurs n'existait dans l'enseignement. Un problème pour les jeunes qui partaient en stage en exploitation sans expérience dans ce domaine.

Formé avant le stage

«Les trois quarts des élèves de Beauvais ne sont pas issus du milieu agricole et la plupart d'entre eux ne sont jamais montés dans un tracteur, explique Matthieu. Notre première mission est de les sensibiliser au fonctionnement et à la manipulation de l'engin avant leur stage. Cela leur permet de réduire leur appréhension, de faciliter leur insertion sur l'exploitation d'accueil et aussi de rassurer le maître de stage!»

Philippe Choquet, directeur de l'institut, encourage cette initiative: «Au travers de leur passion, les membres d'AV2A s'associent aux missions pédagogiques de l'école.» La formation tracto-conduite est obligatoire pour tous les étudiants de première année, soit cent vingt élèves pour la promotion 2008-2009. Depuis cette année, le personnel de l'institut, des enseignants aux agents d'entretien, peut également en profiter. «Nous avons tous à apprendre les uns des autres», se réjouit Jean-Luc Vialle, qui a décidé de se former avant d'acquérir lui-même un tracteur pour ses besoins personnels.

2009 est une année charnière pour AV2A. «Nous allons signer une convention avec l'institut pour faire perdurer l'association», se félicite Matthieu. Selon Valérie Leroux, directrice de l'enseignement, «cette convention permettra d'intégrer la formation tracto-conduite dans une unité d'enseignement intitulée initiation agricole, renforçant ainsi ses caractères obligatoire et pédagogique».

Tremplin professionnel

La formation tracto-conduite se compose de trois modules.

- Le premier vise à appréhender le fonctionnement général du tracteur,

- le deuxième les outils portés

- et le troisième les outils semi-portés et traînés.

Chaque module prévoit quinze minutes d'enseignement théorique, suivies d'une demi-heure de manoeuvres sur un parcours d'obstacles. «Nous nous adaptons au niveau des élèves, souligne Matthieu. Selon son expérience, chacun peut attaquer par le deuxième ou le troisième module. Mais tous ont un rappel des règles de sécurité et d'entretien.»

La formation ouvre droit à l'obtention du Cicta (certificat d'initiation à la conduite du tracteur agricole). «Ce titre n'a pas de valeur légale, prévient Matthieu. C'est un document d'enregistrement des acquis qui atteste et qui récompense le suivi de la formation.»

Pour former leurs camarades, les membres de l'association doivent être titulaires du Caces (certificat d'aptitude à la conduite en sécurité), que délivre un organisme de certification. «L'institut prend en charge cette formation de base, en échange de leur engagement associatif», explique Philippe Choquet.

AV2A peut également compter sur un soutien matériel extérieur. «Notre partenaire, Same Deutz-Fahr, nous a prêté dix tracteurs pour la dernière session, souligne Adrien Hirson, vingt ans, responsable logistique de l'association. La MSA intervient aussi en nous fournissant les livrets de formation que nous distribuons aux stagiaires.»

En s'engageant, les jeunes formateurs vivent ce qu'ils ont appris en classe. «Nous développons nos talents et nos cours théoriques, que ce soit en matière de management, de gestion ou de réglementation», assure Matthieu. AV2A prépare ainsi ses membres à leur entrée dans le monde du travail, comme en atteste Valérie Leroux: «Indirectement, cette expérience leur donne l'occasion de toucher du doigt les responsabilités auxquelles ils devront faire face demain, en tant qu'ingénieurs.»

Le secteur du machinisme recrute

Les métiers du machinisme agricole représentent plus de quarante mille emplois en France (source: ministère de l'Agriculture), des mécaniciens aux commerciaux, en passant par les magasiniers et les chefs d'atelier. Le secteur avoue être aujourd'hui en sous-effectif: environ cinq mille emplois ne sont pas pourvus.

Mais ces métiers souffrent d'un problème d'image et d'un manque d'attractivité. Selon le baromètre BVA-Groupe France agricole de février 2009, seulement 1% des Français déclarent avoir déjà envisagé de travailler dans l'agroéquipement.

par Marie-Gabrielle Miossec, Alain Cardinaux et Jean-Alix Jodier (publié le 27 mars 2009)