Les producteurs de soja brésiliens ont vécu cette année un cauchemar. Ils se sont ruinés en fongicides pour lutter contre la rouille asiatique. C'est ce qu'ont rapporté Ricardo Balardin et José Yorinori, chercheurs à l'Embrapa (agence de recherches du ministère brésilien de l'Agriculture), lors d'un colloçque en Argentine.

Les agriculteurs brésiliens ont dû faire jusqu'à sept applications par parcelle. ' Or un seul passage coûte 30 dollars/ha, a expliqué José Yorinori. Au-delà de deux applications, la culture n'est plus rentable. ' Souvent détecté tardivement, le champignon a réduit de 6,6 millions de tonnes (Mt) la récolte 2005-2006, estimée à 54 Mt.

Depuis son apparition au Brésil en 2002, la rouille aurait causé 7,5 milliards de dollars de pertes. Selon les chercheurs, cette année a été la pire, avec une chute des rendements de presque 26 %. ' Environ 30 % des surfaces actuelles ne seront pas ressemées en octobre-novembre 2006 ', estiment-ils. Les fongicides ont augmenté le coût de production du soja à 300 dollars/ha, contre 140 dollars en Argentine, où la rouille vient juste d'être détectée. Près du tiers des 22 millions d'hectares de soja cultivés au Brésil vont donc retourner à la canne à sucre ou à l'élevage bovin.

Pour protéger les deux tiers restants, des mesures techniques et légales ont déjà été prises. Il est désormais interdit de faire pousser du soja durant l'hiver sous irrigation artificielle. Objectif : éviter le fameux effet ' pont vert ', qui permet la survie des spores. Par ailleurs, l'Embrapa recommande aux producteurs de réduire la densité de semis pour favoriser la pénétration du fongicide et de l'appliquer à temps. L'agence brésilienne a aussi sélectionné des variétés tolérantes à la maladie, qui seront mises sur le marché d'ici deux ou trois ans.

Le soja a encore de beaux jours devant lui : les spécialistes prévoient 100 millions d'hectares cultivés au Brésil en 2020.