Dans une ferme, chacun peut trouver sa place. Il y a une multitude d'activités, de gestes à répéter quotidiennement, perceptibles par tous. L'activité agricole fournit un cadre structurant et donne un sens aux actes qu'accomplissent les résidents. ' Jean-Paul Baritel est directeur de la ferme de Belle-Chambre, une structure unique en France qui reçoit des adultes atteints de graves troubles psychologiques, autistes, psychotiques. Vingt-huit résidents, hommes et femmes âgés de dix-huit à cinquante-trois ans, vivent en permanence dans ce lieu situé à Sainte-Marie-du-Mont, en Isère, à 900 mètres d'altitude, au pied du massif de la Chartreuse.

Les bâtiments regroupent les chambres des résidents, les espaces communs, une salle d'accueil, qui sert de table d'hôtes pour recevoir visiteurs et parents, ainsi que les bâtiments agricoles. ' Ici, tout a été pensé pour eux. Les salles sont spacieuses, claires et vitrées. Tout doit être fait pour les sécuriser. Les résidents ont besoin d'être accompagnés dans tous les actes de leur vie. Ce qui paraît simple pour une personne normale, est source d'angoisse pour eux ', confie Catherine Bibollet, éducatrice.

Toute la vie de la ferme de Belle-Chambre s'organise autour des activités agricoles. Chaque résident a son projet éducatif. Un emploi du temps est établi pour la semaine avec les activités prévues par demi-journées.

' Nous essayons de nous y tenir. Par ces activités, nous fournissons les repères qui leur manquent dans le temps et dans l'espace. Nous nous efforçons de donner un sens à ces actes : nourrir les animaux, fabriquer du fromage, couper du bois, afin qu'ils se sentent valorisés par ce qu'ils produisent ', explique Catherine qui, grâce à sa double formation d'éducatrice et de technicienne agricole, s'occupe de la fromagerie.

' C'est un projet utopique, un pari fou. Bien peu y croyaient quand nous avons commencé en 1989 ', avoue Jean-Paul Baritel. Aujourd'hui la ferme tourne. De nouveaux bâtiments d'élevage ont été construits, une fromagerie, aux normes européennes, aménagée. Et le projet éducatif porte ses fruits : ' Nous avons quelques sujets de satisfaction. Nous assistons à une lente amélioration de la situation des personnes, même si cela se mesure sur une échelle de dix ans. Chez certains, nous avons réussi à élargir leur champ d'action, à leur faire rencontrer d'autres personnes que les accompagnants. Des résidents participent à la livraison des fromages ou à leur vente sur le marché local. C'est à l'extérieur que l'on mesure le mieux les progrès accomplis ', souligne Jean-Paul Baritel.