C’était un règlement de compte, Pierre (1) en est certain. Si deux membres de l’association L214 sont entrés par effraction dans ses bâtiments pour filmer les animaux, c’est parce qu’une ancienne salariée les y aurait guidés. Tout se passait pourtant bien au début avec la jeune femme : « Elle a fait du bon boulot pendant des années. Elle était capable de gérer à la fois le troupeau...
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C’était un règlement de compte, Pierre (1) en est certain. Si deux membres de l’association L214 sont entrés par effraction dans ses bâtiments pour filmer les animaux, c’est parce qu’une ancienne salariée les y aurait guidés. Tout se passait pourtant bien au début avec la jeune femme : « Elle a fait du bon boulot pendant des années. Elle était capable de gérer à la fois le troupeau et le personnel. »

Mais progressivement, ses relations avec ses collègues et Pierre se sont détériorées. « Nous avons eu quelques prises de bec. Je lui ai rappelé la nécessité d’être polie, gentille quand on travaille avec d’autres. Mais elle ne supportait aucune contradiction. » La situation est devenue impossible, l’employée tenant tête à son patron et lui manquant de respect. Jusqu’à démissionner dans un dernier coup d’éclat : « Tu verras, il y aura la télé et trente voitures de journalistes devant chez toi. »

La vidéo de L214 a été mise en ligne quelques mois plus tard. Mais l’éleveur sait qu’elle a été réalisée dans les jours suivant le départ mouvementé de la salariée. « Les membres de l’association savaient où aller. Pour moi, elle les a renseignés, elle leur a ouvert les portes. »

« Je me suis senti très mal. J’ai cru que j’allais me faire lyncher. »

Une fois mise en ligne, la vidéo fait le buzz. Sur le site de L214 s’étalent insultes et injures. Pierre est assailli de coups de téléphone de journalistes. « Je me suis senti très mal. J’ai cru que j’allais me faire lyncher alors que je n’avais rien fait de mal. »

Un reportage de France 3 enfonce le clou. Il donne longuement la parole à L214, puis fait un micro-trottoir : sans surprise, les passants se disent épouvantés par la vidéo… Pierre n’a la parole qu’à la fin du reportage, et ses propos, pourtant posés et argumentés, semblent de peu de poids.

Tout ce tapage dégoûte l’éleveur. Il décide de ne plus répondre aux sollicitations. « C’est une réaction humaine que de dire "Stop ! Je ne veux plus voir personne." » Des soutiens se sont manifestés aussitôt de la part de la famille, des voisins, de la coopérative et de la chambre d’agriculture. Cette dernière fait des déclarations pour contrer les effets ravageurs de la vidéo de L214. Le groupement d’éleveurs prend le relais pour répondre aux médias.

Pierre accepte seulement de recevoir le quotidien local. « Deux jeunes journalistes sont venues faire du sensationnalisme avec leur caméra. Mais ensuite, elles ont passé les images qu’elles voulaient, celles qui étaient orientées. » Pierre proteste auprès du titre et reçoit la visite de deux autres journalistes. « Là, ça s’est très bien passé. Ils m’ont vraiment écouté. L’article a fait la première page du journal. Il était fidèle à ce que j’avais dit et présenté. »

De cette douloureuse expérience, l’exploitant ne semble pas tirer de rancœur. Il est même incroyablement magnanime. « Les journalistes ne sont pas tous les mêmes. J’ai eu affaire aux deux extrêmes, certains sensationnalistes, les derniers consciencieux. »

Dans les jours qui ont suivi la diffusion de la vidéo, les services vétérinaires ont visité l’exploitation : le directeur de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) lui-même, accompagné de trois vétérinaires. Le courrier de la préfecture est sans ambiguïté : aucune trace de maltraitance n’a été relevée dans l’élevage.

Myriam Guillemaud

(1) Le prénom a été changé.