Depuis des années, les Etats-Unis redoutaient une contamination de leur soja par la rouille asiatique. Le champignon sévit depuis 2001 au Brésil et depuis 2002 dans le nord de l'Argentine, gros producteurs de soja. Début 2004, le champignon attaquait la Bolivie, redoublant les inquiétudes américaines. Le cauchemar est devenu réalité le 10 novembre, date à laquelle le service de protection des végétaux a formellement identifié deux parcelles atteintes en Louisiane. D'après les autorités gouvernementales, les vents provoqués par la saison des ouragans auraient véhiculé les spores du champignon, capables de survivre sur de très longues distances. En plus de la Louisiane, le Texas pourrait être touché.

Fort heureusement pour les agriculteurs américains, l'attaque survient à un stade suffisamment avancé de la campagne pour ne pas provoquer de dégâts. Le risque vaut pour l'année prochaine. Il n'existe pour le moment aucune variété de soja résistante ou même tolérante à la rouille asiatique. D'après l'Asa (American soybean association), les chercheurs n'en mettront pas au point avant 5 à 10 ans. L'objectif est donc de limiter l'extension du champignon en détruisant les spores à l'aide de fongicides. Les agriculteurs ont plusieurs mois pour préparer leur arsenal. Le champignon attaque le feuillage, causant une défoliation précoce qui gêne la mise en place des grains et réduit les rendements. D'éventuelles attaques ne seront visibles qu'à la fin du printemps 2005.

Selon les estimations réalisées par l'USDA (département américain de l'agriculture) dans une étude publiée en avril, la rouille peut engendrer la première année de 640 millions à 1,34 milliard de dollars de perte. Un chiffre énorme en valeur absolue, mais qui mérite d'être relativisé : il représente moins de 1 % des bénéfices nets générés par le secteur agricole.