Que feriez-vous si vous perdiez brutalement un cinquième de vos aides Pac ? La question n’a rien de théorique pour des centaines d’éleveurs des Deux-Sèvres.
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Que feriez-vous si vous perdiez brutalement un cinquième de vos aides Pac ? La question n’a rien de théorique pour des centaines d’éleveurs des Deux-Sèvres.

Jusqu’à présent, les deux tiers du territoire étaient classés en zone défavorisée simple (ZDS). En 2017, 1 114 demandeurs ont perçu 9,4 M€ d’ICHN. Au 1er janvier 2019, seules 16 communes sur 180 resteront classées. L’impact est brutal pour des exploitations qui touchaient en moyenne 8 400 € d’ICHN, sur un total de 44 000 € d’aides Pac, selon la DDT.

Même si l’ICHN n’a pas toujours été aussi importante, beaucoup d’éleveurs percevaient auparavant la PHAE, qui fut intégrée à l’ICHN et disparaîtra donc avec. Malgré le travail lancé dans le département pour trouver des « plans B » (lire ci-dessous), aucune solution concrète ne se dessine.

Trahison

« On nous laisse nous débrouiller tout seuls, lâche Alain Chabauty, président de la FDSEA. Et l’annulation de la venue du ministre, en juin, accentue le sentiment d’abandon. » Lui-même, éleveur en Gaec familial, perdra 16 000 €. En guise d’adaptation, il prévoit de diminuer le troupeau allaitant de 105 à 85 vaches et d’augmenter en parallèle l’atelier volaille. « Mais il n’y a aucune solution générale : on ne peut faire que du cas par cas. »

Au village des Forges, Loïc Parnaudeau doit gérer l’urgence : nourrir ses brebis dans des prés brûlés par la sécheresse. « Pour moi, l’hiver a commencé le 14 juillet. J’ai entamé mes stocks avec quatre mois d’avance, s’inquiète-t-il. Normalement, je suis autonome en fourrages, mais là, je ne sais pas comment je passerai l’hiver ! » Cette année, qui n’a pas vu une goutte de pluie depuis le 20 juin, est exceptionnelle. Mais il n’est pas rare, sur ces « terres gâtées » (qui ont donné son nom au pays de Gâtine), d’avoir des excès d’eau jusqu’en juin, puis des sécheresse en fin d’été.

« Sur ces terres très liées à l’élevage, on a adopté des systèmes herbagers extensifs, avec un ratio élevé de prairies permanentes qu’il nous incombe de maintenir, raconte l’éleveur. On a fait un pacte sur l’orientation écologique. Avec la fin de l’ICHN, on se sent trahis. Dans la Gâtine, cette aide égale souvent le revenu des éleveurs ! »

Pour lui, qui élève 500 brebis mères sur 54 ha, l’ICHN représente un quart des aides Pac. Comme beaucoup de collègues installés dans de petites structures et touchant peu de DPB, il a cherché les moyens d’optimiser son revenu. « J’ai de bons résultats techniques, je partage le matériel, je vends un tiers de mes agneaux en direct et le reste en label rouge. Je ne vois pas où récupérer les 7 800 € perdus ! » A 54 ans, ses emprunts remboursés, il se contentera de serrer les boulons. Mais après avoir aménagé toutes ses parcelles avec des réseaux d’eau enterrés et des clôtures, il déplore ce « gâchis » : « J’ai bien gagné ma vie sur une petite surface, j’avais de l’or entre les mains et j’ai tout préparé pour transmettre. Mais sans ICHN, personne ne pourra s’installer ici. »

Trop dynamiques

Après l’inquiétude et la colère est venu le temps de la dérision. « À Paris, ils ne comprennent pas qu’il y a longtemps qu’on travaille collectivement, qu’on partage les charges… Mais dans les Cuma, les jeunes n’arrivent pas à rembourser et vont nous entraîner dans leur chute car on ne peut plus éponger leurs dettes. Il y a longtemps, aussi, qu’on est modernes. Mais je vais devoir arrêter le contrôle de performances, bien qu’il m’aide à progresser, car il me coûte 900 €/an. D’autres éleveurs cessent le contrôle laitier, les vétérinaires ne sont plus payés… »

Le plus rageant est que les éleveurs sont aujourd’hui pénalisés par les qualités dont ils ont fait preuve par le passé. « Le département sort du zonage car la PBS/ha (1) et le chargement/ha sont au-dessus des seuils retenus, ce qui montre que le département a été dynamique face à ses handicaps, notamment en se spécialisant », analyse Frédéric Hennequin, directeur adjoint de la DDT.

« J’ai préféré avoir des voisins plutôt que des hectares », soupire Loïc Parnaudeau, blessé d’être pénalisé pour une question de chargement. « On est à peine au-dessus du seuil, mais c’est ce petit nombre d’animaux qui fait la différence pour sortir un revenu et avoir des éleveurs nombreux sur le territoire. La pression foncière est trop forte pour détenir des élevages très extensifs sur de grandes surfaces. »

À la DDT, Frédéric Hennequin croit les éleveurs suffisamment « dynamiques » pour rebondir, mais « à condition de les accompagner ». À l’heure où nous mettons sous presse, ceux-ci attendent toujours un signe de Paris.

(1) Production brute standard, utilisée comme indicateur des résultats économiques.