Parmi les stratégies de phytoremédiation, la phytoextraction utilise la capacité de certaines plantes à accumuler les polluants dans leurs tiges, feuilles ou racines. Ce procédé est intéressant pour extraire les métaux lourds (zinc, cadmium, nickel, cuivre, cobalt, plomb, thallium, etc.) car ces derniers sont des polluants non biodégradables. Les plantes métallophytes sont des espèces sauvages qui se développent sur les milieux naturellement riches en métaux. A ce jour, près de cinq cents espèces ont été identifiées. La moitié d'entre elles appartient à la famille des crucifères. ' Certaines populations de Thlaspi caerulescens concentrent jusqu'à 1 % de zinc dans leur matière sèche, soit mille fois plus que les plantes cultivées, explique Jean-Louis Morel, directeur du laboratoire Sol et environnement de l'Ensaia/INPL-Inra (1). Dans les sols pauvres en zinc mais riches en plomb et en cadmium, la plante est aussi capable d'accumuler ces deux éléments. '

L'intérêt de la démarche est d'aller au bout de la filière de dépollution puisque les plantes entières peuvent être récoltées, séchées puis incinérées. Les cendres obtenues par cette méthode de phytomining sont ensuite stockées dans une décharge de classe 1 ou réutilisées en fonderie.

Autre avantage, la phytoextraction constitue une alternative aux méthodes intensives, lourdes et coûteuses. Elle suppose toutefois plusieurs années de dépollution puisqu'elle nécessite une succession de cultures. Les sols concernés sont les sites faiblement à moyennement pollués car les plantes extraient une quantité limitée de polluants, à savoir quelques centaines de kg par hectare et par an (2). La phytoextraction permet de ramener les teneurs en polluants de ces sols à des seuils acceptables. ' Dans nos essais, les plantes hyperaccumulatrices sont efficaces pour réduire le compartiment de métal assimilable du sol, fraction qui présente le plus de danger, souligne Jean-Louis Morel. Le procédé permet donc de diminuer les risques de transfert de métaux dans la chaîne alimentaire. '

Les recherches sont surtout menées par les laboratoires publics. Quelques entreprises privées s'y intéressent, mais la phytoextraction reste encore marginale en France, contrairement aux Etats-Unis. ' Les essais grandeur nature ont montré la faisabilité et l'intérêt de la démarche, signale Jean-Louis Morel. Il faudra cependant encore attendre 5 à 10 ans pour envisager des opérations de dépollution à grande échelle. On manque encore de connaissances sur les mécanismes de tolérance et d'hyperaccumulation, sur la génétique des plantes, sur les conditions de cultures et sur les modalités de sélection. '

' Nos travaux sur l'arabette de Haller permettent de comprendre le fonctionnement de la plante et d'identifier les gènes intervenant dans le transport des métaux, explique Daniel Petit, professeur du laboratoire de génétique et évolution des populations végétales de l'université de Lille 1. Le laboratoire travaille en partenariat avec d'autres centres de recherche, l'association ' Environnement développement alternatif ' et des bureaux d'études spécialisées. Pour financer ce projet, la société Métaleurop a d'ailleurs annoncé qu'elle investira 610 000 euros d'ici 2006.

(1) Ecole nationale supérieure d'agronomie et des industries alimentaires de Nancy.

(2) Voir ' Le phytomanagement : éléments de synthèse ', publié par le Pôle de compétence sites et sédiments pollués.