Sur les terres du lycée agricole de Thuré, dans la Vienne, un bâtiment en bois, surmonté d'une cheminée, abrite une chaufferie innovante. On n'y brûle plus de fuel, mais de l'huile de colza. « Nous voulions chauffer nos nouvelles serres tout en réduisant notre bilan carbone », explique Jean-Michel Bregeon, directeur de l'établissement.

Le conseil régional encourageant l'expérimentation des énergies renouvelables, l'huile végétale pure (HVP) est apparue comme une opportunité intéressante pour valoriser le colza produit sur place. « D'autant qu'au moment de notre réflexion, le prix du baril était en pleine explosion ! »

Les travaux ont débuté au mois de juin 2009. « Nous étions tous curieux de savoir comment cette chaufferie allait fonctionner », se souviennent Vincent Joubert et Clémence Magnin, élèves en terminale production agricole et horticulture.

Les jeunes interviennent à chaque étape du processus. « La graine de colza que nous plantons sera pressée pour servir de source d'énergie, souligne Vincent. C'est très motivant ! » De son côté, Clémence apprécie surtout de pouvoir « venir travailler à tout moment dans des serres chauffées convenablement ».

Cent-vingt tonnes de colza brut devront être triturées chaque année pour produire les 35 000 l d'huile nécessaires à la chaufferie. « L'exploitation du lycée en cultive 20 % et le reste est acheté aux producteurs ou coopératives du coin », détaille Stéphane Cools, directeur d'exploitation.

Les différentes opérations réalisées ensuite sur les graines de colza (trituration, décantation et filtration) génèrent 64,4 t de tourteaux par an, vendus à trois éleveurs voisins pour l'alimentation de leurs bétails.

Veille économique 

Si l'intérêt environnemental d'une telle chaufferie est avéré, qu'en est-il de sa rentabilité ? « Il est trop tôt pour le dire », concède Stéphane Cools, estimant à « trois ou quatre ans le recul nécessaire pour une veille économique ».

Les évolutions du prix du baril et du marché des oléagineux seront d'ici là déterminantes. « Face à la volatilité des prix, il est important que les élèves puissent comparer différents systèmes de valorisation des productions, estime le directeur d'exploitation. Il faut en plus leur donner la capacité de transposer ce projet à une exploitation. »

Vincent Joubert ne serait pas contre l'idée d'installer une chaufferie HVE sur l'exploitation familiale, « mais l'investissement est bien trop lourd ! » C'est le conseil régional qui a pris en charge celui de Thuré : 450 000 euros pour l'atelier de trituration, la chaufferie centrale et les canalisations.

Depuis sa mise en service, au mois d'octobre 2009, la chaufferie sert de support aux professeurs et à leurs élèves pour organiser des animations à destination du grand public, autour de l'agriculture et de l'environnement.

« Les agriculteurs intéressés par l'expérimentation viennent aussi visiter l'établissement, ajoute Stéphane Cools. Mais tout le monde n'est pas d'accord avec notre démarche. »

L'utilisation des terres pour la production énergétique fait toujours débat. « Il faut pourtant que nous poursuivions la réflexion pour régler le problème de l'après-pétrole, argumente le directeur d'exploitation. Et avec les tourteaux, une partie du colza retourne à l'alimentation. La boucle est ainsi bouclée ! »

Animations Avec les autres élèves, Clémence Magnin et Vincent Joubert feront découvrir le cheminement du colza, de la graine au brûleur, aux visiteurs des journées « portes ouvertes » du lycée.

Une huilerie performante

Après trituration à froid des graines de colza, l'huile végétale brute (HVB) produite est décantée puis filtrée afin d'obtenir de l'huile végétale pure (HVP). Le rendement est d'un tiers d'huile végétale pure pour deux tiers de tourteaux. La presse possède une capacité de trituration de 40 kg/h de graines de colza. Pour fournir 35 000 l d'huile, elle sera en service pendant 2 400 h/an. A côté du brûleur d'huile, un système de chaudière à gaz prend le relais dès que nécessaire (notre photo).

par Alain Cardinaux et Henri Roy (publié le 26 mars 2010)