Dès la plus haute antiquité, des hommes de l'art se sont efforcés de réduire des fractures, de soigner des luxations, des plaies, des ulcères, des tumeurs afin de soulager les blessés. En France, c'est sous saint Louis, en 1260, qu'un collège de chirurgiens, distinct des facultés de médecine, est fondé par Jean Pitard (1228-1315), premier chirurgien du saint roi, puis de Philippe le Hardi et Philippe le Bel. Mais les chirurgiens sont peu nombreux et les progrès très lents car l'interdiction de disséquer des cadavres freine les progrès de la connaissance anatomique.

Or les barbiers, habiles à manier le rasoir, s'arrogent de plus en plus le droit de manier la lancette et le bistouri. C'est l'époque où les médecins ordonnent fréquemment des saignées. Ce sont souvent les barbiers qui les pratiquent, percent les abcès, pansent les blessures (surtout lors des guerres). Au XVI e siècle, les corporations de barbiers, établies dans les villes, usurpent la plupart des fonctions des chirurgiens et prennent d'elles-mêmes le nom de chirurgiens-barbiers, sans aucune connaissance médicale bien sûr. Une ordonnance de la prévôté de Paris leur enjoint de remplacer ce titre par celui de barbiers-chirurgiens.

A cette même époque pourtant, la chirurgie fait de gros progrès. Vésale (1514-1584), chirurgien né à Bruxelles, ose pratiquer des dissections de cadavres pour parfaire ses connaissances en anatomie. Il fait progresser la technique de l'opération de la pierre (gravelle dans la vessie) et met au point la ligature des artères, en particulier de l'artère fémorale dont la rupture est toujours mortelle avant lui.

Ambroise Paré (1507-1590), un Français cette fois, est son élève, même s'il a commencé par la fonction de barbier. Habile, il est admis sans diplôme dans le Collège des chirurgiens de Paris. Pour le traitement des plaies par armes à feu, il met au point un mastic qui panse la plaie et y adjoint un drain pour éliminer les ' humeurs '. Avant lui, la cautérisation des plaies se faisait au fer rouge et à l'huile bouillante. Il devient expert dans l'extraction des balles, qu'il faut aller chercher avant tout début de pansement.

La faculté de médecine, très rétrograde, jalouse du collège des chirurgiens, réussit, sous Louis XIII, à le faire supprimer et à réunir en un seul corps barbiers et chirurgiens, comme au Moyen Age. C'est Louis XIV, pourtant toute sa vie si maltraité par les médecins (mais opéré avec succès, en 1668, d'une fistule à l'anus par Félix, le premier chirurgien), qui, en 1671, réorganise l'enseignement de l'Ecole royale de chirurgie du jardin des Plantes. Il décrète qu'il sera désormais donné par des chirurgiens et non plus par des médecins. Dionis, célèbre à cette époque (il sera le médecin de la reine Marie-Thérèse, femme de Louis XIV, et des enfants de France), y occupe la chaire d'anatomie et de médecine opératoire. C'est de cette école que sortent les grands noms du XVIII e siècle, en particulier Mauriceau, auteur d'un célèbre Traité des accouchements , et Baudelocque, le praticien de la section de la symphyse pubienne pour l'opération de la césarienne, qu'on commence à pratiquer sur des femmes vivantes. De cette époque aussi, il faut retenir La Peyronie (1678-1747), étudiant à Montpellier où il sera reçu maître en chirurgie à 17 ans, nommé chirurgien de Louis XV, anobli en 1721, et qui fit faire aussi de grands progrès, comme major des armées, en traitant avec succès la plupart des cas de gangrène.

Derniers progrès qui sortent les chirurgiens du mépris dans lequel les médecins les ont si longtemps tenus : en 1731, est fondée l'Académie royale de chirurgie. En 1743, les barbiers sont définitivement séparés des chirurgiens (entretemps, ils sont devenus perruquiers) et ceux-ci ont désormais les mêmes privilèges que les docteurs de l'université. Avec le XVIII e siècle est née la chirurgie moderne et l'entrée en scène de plus en plus fréquente de chirurgiens dans le domaine des accouchements difficiles, auxquels renonce la matrone, puis la sage-femme.