C'est un documentaire que peu de gens ont vu. Il est passé cet hiver sur Arte, en cinq épisodes, sous le titre ' Il était une fois une famille des Landes '. Un autre montage intitulé ' La part des gens ' devrait être bientôt programmé sur France 2... Bernard Dartigues, son auteur, bouillonne : depuis six mois, le directeur des programmes de France 2 n'a toujours pas trouvé le temps de visualiser cette heure et demie de vie, de tendresse et profondeur. Pourtant, ce film fait suite à ' La part des choses ', qui a sillonné la France et bien d'autres pays en 1984.

C'était il y a vingt ans. Bernard Dartigues se lançait dans un tour de France à la recherche d'une famille d'agriculteurs dont il pourrait suivre les réflexions sur la transmission du métier, de leur patrimoine et de leurs valeurs. A cette époque, il travaillait à la cinémathèque du ministère de l'Agriculture, une des mieux pourvues de France. Lui, qui avait collaboré avec Pierre Desgraupes à la télévision, appréciait ce lieu ' qui faisait vraiment oeuvre de service public '.

Bernard Dartigues partit donc visiter cinquante familles d'agriculteurs. ' Le dernier jour, je suis arrivé chez les Marcusse, en Chalosse, près de Mont-de-Marsan. J'ai tout de suite compis que c'étaient eux et personne d'autre. ' Le réalisateur exposa aussitôt son code de déontologie à la famille : un documentaire sobre sur la vie au quotidien, qui reflète les valeurs positives de cette famille, loin de toute dramatisation. ' La part des choses ' naîtra de ce début d'amitié. Le film, dédaigné par la télévision, commencera une vie au cinéma le jour où il recevra le prix Georges Sadoul. Agricultrice et militant pour la création d'un statut pour les femmes, Michou Marcusse illumine le film. Juste derrière elle, son mari assure la continuité sur la ferme et auprès des quatre enfants, amoureux du travail bien fait et des dictionnaires.

' Vingt ans après, sur l'insistance d'une productrice qui a convaincu Arte et France 2, j'ai repris la caméra. Avec réticence, car il n'y avait plus l'innocence des débuts. Les petits-enfants qui ont vu et revu 'La part des choses' et les grands-parents étaient partants. Les enfants ont été plus réservés, car certains ont souffert de réflexions à la sortie du premier film '. Le tournage sera plus heurté que la première fois. Bernard Dartigues filme parfois directement, ' mais le plus souvent les membres de la famille rejouent des scènes qu'ils viennent de vivre ou qu'ils m'ont racontées avec leurs mots et leurs émotions '. Le spectateur sent les retenues de Jean-Charles, qui a repris la ferme de ses parents et élève des charolaises. ' Il me disait : on n'est pas là pour se plaindre. Je m'en sortirai. ' La nouvelles série fait la part belle à la sagesse et à la tendresse de Jeannot Marcusse qui conseille avec malice à son petit-fils de treize ans qui veut reprendre l'exploitation : ' Tu devras faire des études... Tu peux devenir ingénieur mais mieux encore, sois ingénieux. '

Une chronique familiale résolument optimiste, devenue hélas un hommage posthume à Jeannot Marcusse qui incarne avec douceur et profondeur la noblesse du métier de paysan.