Changer de système, c’est toujours le leitmotiv de la Confédération paysanne. Crise du lait, crise du porc : les mêmes causes produisent les mêmes effets, selon son analyse. Elle prône une « sortie de crise par le haut, c’est à dire par une montée en gamme plutôt que par un écrasement des coûts », a expliqué Laurent Pinatel en présentant ses vœux à la presse, mardi 26 janvier. L’occasion de rappeler que son organisation veut garder les paysans dans l'agriculture, et non « les accompagner le moins douloureusement possible vers la sortie », a-t-il précisé, faisant allusion à certains propos tenus par le syndicat majoritaire.

« L’interprofession porcine très libérale a pensé pendant des années que la seule solution était d’augmenter les tailles d’élevage pour écraser les coûts de production, relate le porte-parole. Aujourd’hui les producteurs ont des outils très lourds et le marché n’est pas assez segmenté. Pour garder des emplois dans la production et dans l’industrie agroalimentaire, à moyen terme, il faut changer de système et monter en gamme. A très court terme, il faut retirer des porcs du marché en aidant notamment au stockage. »

« Pas d’agriculture duale »

En lait, la Confédération paysanne suggère différents volumes avec des prix différenciés : « On ne veut pas d’une agriculture duale avec des très grosses fermes produisant à très bas coût pour le marché mondial et des petites fermes produisant pour des marchés de niche à haute valeur ajoutée, la cohabitation est toujours risquée, juge le syndicaliste. Mieux vaudrait que chaque ferme produise pour les différents marchés via des volumes distincts avec des prix différenciés : un premier volume, représentant 90 % de la capacité de production, serait rémunéré sur une base de prix intégrant les coûts de production. Le reste serait valorisé au prix du marché mondial. » Pour obtenir ces prix, le syndicat réclame une réforme des OP, ou « qu’elles puissent au moins se fédérer par bassin pour peser face aux industriels ». Parallèlement aux propositions portées au niveau français, sur lesquelles elle « ne désespère pas d’arriver à des positions communes avec la FNPL, qui pose le problème de façon intéressante avec sa proposition de charte », la Confédération paysanne « maintiendra la pression au niveau européen ».

Le rapprochement des bassins de production des bassins de consommation est aussi un thème cher au syndicat. Qui défend, dans cette optique, le maintien d’outils industriels de proximité. Le consommateur sera au centre de la réflexion de la Confédération paysanne en 2016, qui déclinera le thème de l’alimentation tout au long de l’année. Trois axes seront approfondis : le lien entre politiques agricoles et alimentaires, l’évolution des modes alimentaires et le lien entre les modes de production et la qualité des produits. Ce dernier thème « est à aborder avec prudence, mais il est important de le travailler », a précisé Mikel Hiribarren, du bureau national. Car, selon lui, une politique de qualité alimentaire permettrait de réorienter l’argent de la Pac et encouragerait une agriculture pourvoyeuse d’emplois dans les territoires.

La protection sociale des agriculteurs sera l’autre chantier de réflexion majeur. « Un décalage persiste entre le régime de protection sociale général qui fonctionne plutôt en pourcentage, et le régime agricole qui fonctionne par plafonds, planchers et forfaits », a exposé Christine Riba, nouvelle secrétaire générale. « Les agriculteurs remettent en cause les cotisations car ils ne croient plus au régime des retraites. Nous croyons davantage à la solidarité nationale qu’à la capitalisation, donc nous ne sommes pas contre les cotisations. En revanche, nous souhaiterions qu’elles soient plus justement réparties : l’idée est bien de cotiser selon ses moyens et recevoir selon ses besoins ! » Ce thème sera notamment abordé lors de l’assemblée générale de la Confédération paysanne en avril prochain.

Bérengère Lafeuille