N’en déplaise à l’Insee, qui a publié une estimation de hausse du revenu « à laquelle personne ne croit », l’année 2015 a été « la plus catastrophique » jamais vue par Bernard Lannes. Lors de ses vœux à la presse, le mercredi 6 janvier 2016, le président de la CR ne s’est pas appesanti sur le marché atone du broutard, les veaux laitiers qui ne trouvent pas preneur à vingt euros ou les promotions de la GMS qui vend du porc breton moitié moins cher que de la nourriture pour chiens… « En ce moment, les agriculteurs sont chez leurs banquiers et ça ne rigole pas », soupire-t-il. « Mais l’espoir fait partie de notre métier. »

Dans ce contexte, la CR entend garder le cap en 2016. Priorité de son combat : la régulation. « On ne veut pas gérer les crises, on veut les éviter : il faut changer la politique agricole », assène François Lucas, vice-président, qui compare les marchés agricoles à « une arène de gladiateurs où arrive toujours quelqu’un de plus compétitif qui élimine les autres ». Parce que les décisions à prendre sont d’envergure européenne, c’est à Bruxelles qu’il faut faire bouger les choses. Et les gens : « On va faire la chasse à Phil Hogan », promet Bernard Lannes.

Interprofessions : « On n’ira pas pour faire les potiches ! »

Au niveau national également, le syndicat entend être actif. Après avoir rejoint Interbev, Interfel et Terres Univia (interprofession des oléoprotéagineux), il attend de pousser la porte de l’interprofession porcine et est en discussion pour intégrer le Cniel (lait). Mais pas à n’importe quel prix : ayant appris l’existence d’une « charte » de bonne conduite à signer, Bernard Lannes prévient : « On n’ira pas pour faire les potiches ! » Pour cette même raison, déjà, « la CR a refusé d’intégrer l’interprofession des céréales car le nombre de sièges qu’on proposait à la CR et la Conf’ réunis ne permettait même pas de réunir une minorité de blocage », s’insurge-t-il. En attendant, « en lait comme en céréales, la FNSEA ne représente certainement pas 70 % de la production… Or c’est la condition pour qu’un accord signé par ces instances soit légal du point de vue de Bruxelles », prévient la CR.

Le deuxième syndicat agricole français a pourtant des propositions à mettre sur la table des interprofessions. Par exemple, des contrats de vente directe de céréaliers à éleveurs pour permettre notamment aux éleveurs porcins sans surface de fabriquer leur aliment à la ferme, et gagner en autonomie. « Mais le gouvernement ne nous suit pas car ce n’est pas dans l’intérêt des fabricants d’aliments », grince François Lucas, dénonçant la « cogestion » à l’œuvre dans ce dossier parmi d’autres.

Les normes et contraintes environnementales, l’agroécologie, ne semblent plus le cheval de bataille principal de l’organisation, qui s’est souvent illustrée par son rejet des dogmes environnementaux et des contrôles. Oui, il y a trop de contraintes, trop de paperasses et trop de contrôles. Et la CR ne lâchera pas l’affaire des nitrates, pour laquelle elle attend la remise à plat de la directive, réclamée de longue date mais que l’on ne voit guère venir. Mais les vrais ennemis déclarés de la CR sont désormais les dérives de l’ultralibéralisme et de la coopération.

« Reconnaître tous les installés, pluriactifs ou non »

Au fond, « l’agroécologie est un bon concept », juge Bernard Lannes, qui préfère une ferme bio à taille humaine permettant à un éleveur de retrouver de l’autonomie et de la qualité de vie à une course aux volumes qui le laisse exsangue et dépendant d’intégrateurs. « Le bio est une solution parmi d’autres à ne pas négliger », renchérit Catherine Laillé, secrétaire générale, évoquant une grande surface qui, pour pallier le manque d’offre en porc bio français, « veut proposer des contrats sur sept ans avec prix garantis aux éleveurs. »

C’est au prix de tous ces combats que des jeunes auront encore, demain, le goût de devenir agriculteurs, estime la CR. En 2016, elle poursuivra ses actions « pour la reconnaissance de tous les installés, aidés ou non, cadre ou hors cadre, pluriactifs ou non », et travaillera sur la « professionnalisation des formations agricoles », annonce Joris Miachon, responsable de la section des jeunes. Et dans le cadre d’un nouveau module « connaissance des organisations agricoles » inclus dans le cursus du BTS ACSE, elle compte se faire un peu mieux connaître des agriculteurs de demain. Et leur prouver, à travers tous les sujets évoqués mercredi matin, qu’elle est bien l’organisation la plus à même de les défendre.

Bérengère Lafeuille