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Installé l’année dernière après avoir été salarié agricole, Florian Chysclain traverse, pour sa deuxième campagne en tant que chef d’exploitation, des conditions difficiles. « Normalement, à cette époque, ça devrait être tout vert ici », explique-t-il en désignant la prairie derrière lui.

Depuis le milieu du mois d’août, il distribue deux bottes de foin par jour à son troupeau, complémentées par des tourteaux et du maïs, « pour essayer de maintenir un minimum de lait ». Dans la région, d’habitude, les vaches restent à l’herbe jusqu’au début du mois de novembre.

À la tête d’un troupeau de trente montbéliardes, sur une surface de soixante hectares, le lait de Florian est utilisé pour la fabrication de fourme d’Ambert et de bleu d’Auvergne.

Une année difficile dans les prairies comme aux champs

Les excès d’eau du début de l’année l’ont forcé « à voler des fauches d’enrubannage entre deux averses ». Le rendement, malgré une qualité moyenne, s’est avéré satisfaisant. « Les secondes coupes, confie Florian, ont été assez bonnes ». Les difficultés sont arrivées après, vers la fin du printemps.

À partir de la fin de juin, aucune pluie n’est venue arroser ses terres. Et, avec la hausse brutale des températures, la pousse de l’herbe s’est arrêtée à la mi-juillet. Les secondes coupes tardives, réalisées après les foins, se sont révélées impossibles. « Tout a grillé, se désole Florian. Seuls les animaux ont pu sauver les quatre brindilles qui restaient. »

En cultures, la situation n’a pas été plus favorable, puisque « les semis précoces de maïs ont poussé dans l’eau, et les parcelles semées trop tard ne sont toujours pas à maturité ». En cette mi-octobre pourtant, les premières gelées ne devraient pas tarder. Florian devra donc abandonner certains champs. La saison prochaine est également remise en cause : dans les sols secs, les semis d’hiver sont déjà en retard.

Des effets multiples

La sécheresse a conduit à une baisse de production, estime Florian, « de trois, quatre litres par vache et par jour sur la période estivale ». Le volume contractuel, prévoit-il, ne sera donc pas réalisé cette année.

En plus de cette baisse de volume, les taux protéiques et butyreux sont en berne, à 31,5 g/kg et 38 g/kg respectivement, quand les moyennes de la race sont aux alentours de 33 et 39 respectivement. Signe supplémentaire de la dégradation de la qualité, le taux cellulaire a augmenté sur juillet et août.

La sécheresse a également entraîné des difficultés en matière de gestion de la reproduction. « On a mal vu les vaches en chaleurs, explique Florian, et les rares inséminations réalisées n’ont pas fonctionné. » La croissance des génisses, avec une herbe jaunie, a été ralentie.

Et après ?

Une année normale, Florian peut espérer gagner 15 à 25 €/1 000 l grâce à la plus-value sur les taux, sur un prix de base aux environs 345 €/1 000 l. Cette année, avec la sécheresse, il n’espère plus ce complément. Il pourrait même perdre 4,5 €/1 000 l en raison des cellules dans son lait. « Ça aura un impact négatif sur la trésorerie, c’est certain. »

Touché par la baisse de chiffre d’affaires sur le lait, son bénéfice devrait être encore diminué par les achats de fourrages. Avec des crédits importants en raison d’une installation récente, la sécheresse va ralentir le développement de l’exploitation. « Je vais sûrement reporter mes investissements de matériel », prévoit Florian.

Loin de se complaire dans ses difficultés, Florian envisage déjà le futur. « On se prépare à changer notre manière de travailler », explique-t-il. Il aimerait introduire de la luzerne dans les prairies, une espèce « moins sensible à la sécheresse ». Ou pourquoi pas prévoir des stocks de foins pour l’été, et réintroduire de l’ensilage dans les rations. « J’aimerais aussi avoir plus de surface récoltable, pour avoir de quoi traverser plus facilement l’été. »

Malgré ses efforts, Florian déplore le manque de soutien politique concernant la sécheresse. « On aimerait avoir plus d’écoute, et plus de solution adaptées au terrain. » Des aides concrètes, comme du gel de MSA, ou de charges, lui permettrait, pense-t-il, de traverser plus facilement ce type d’épisode, sans être forcé de mettre clé sous la porte.

Ivan Logvenoff