Le Var, département situé entre montagne et mer, a vu le loup descendre des Alpes pour coloniser le Haut Var. Les éleveurs ont dû revoir leur système d’élevage basé sur le pastoralisme et mettre en place des moyens de protection, avec des expériences parfois traumatisantes. « Je me suis fait tuer un chien de protection l’année dernière contre la maison. Le chien est parti au milieu de la nuit en aboyant férocement […] On l’a retrouvé trois jours après, complètement mangé », raconte Alexandre De Bresque, éleveur à Sillans-la-Cascade.

Le loup n’a plus peur de l’homme

« Il a attaqué à moins de 50 m de nous et on n’a rien vu », se souvient Alexandre de Bresque. « Quand on semait dans la plaine, il a traversé avec un petit », relate à son tour Sandrine Moutte, agricultrice sur la commune de Régusse. Tous le constatent, le loup n’a plu peur de l’homme. « On revenait d’une réunion, il n’y avait que des bergers dans la voiture, quand on a vu deux louveteaux sur le bord de la route se rappelle Sylvain Apostolo, le porte-parole de la Confédération paysanne du Var. Un collègue a couru vers eux, ils ont fait 20 m avant de s’arrêter et de nous regarder. » Des témoignages qui rappellent l’histoire, reprise dans les médias, de cette agricultrice de l’Aveyron qui s’est retrouvée à courir entre son troupeau et un loup.

Un recul des zones de pâturage

« Il y a des endroits où on ne fait plus pâturer, les endroits sales, les collines et tout ça, à cause du loup », explique Sandrine Moutte. Dans le camp militaire de Canjuers, l’un des points noirs du département en termes de prédation, les zones pastorales ont reculé de 40 %. Comme les zones de pâturage, les pratiques d’élevage ont dû elles aussi changer. Sans parler du temps de travail en plus pour ramener les brebis près des bâtiments la nuit, les éleveurs ont dû apprendre à faire leur métier avec des chiens de protection. « On a été obligé de mettre des patous, donc ça veut dire les dresser. Ce n’est pas une mince affaire », témoigne Sandrine Moutte. « Un chien, même un patou ou un berger d’Anatolie, contre trois loups, ça ne suffira pas, s’alarme Alexandre de Bresque, il faudra de plus en plus de chiens, mais parti comme c’est parti, il risque d’y avoir de plus en plus de loups, donc c’est un peu un cercle vicieux. »

Une régulation ciblée

Pourtant, les attaques n’ont pas diminué. Elles étaient au nombre de 296 en 2016 pour 928 ovins tués contre 294 en 2015 pour 865 animaux perdus. « On est au bout d’un système de protection », explique Sylvain Apostolo. Pour l’avenir, il prône une régulation en ciblant les loups qui s’en prennent aux troupeaux. « Il faut que le loup réapprenne le risque d’attaquer un troupeau », insiste-t-il.

Tanguy DhelinJournaliste web