Rien de plus simple pour Ludovic Joiris, que l’agriculture de conservation qu’il a adopté il y a dix ans, sans jamais regarder en arrière. « J’ai seulement investi dans les semences », résume-t-il. Il ne s’en vantera pas, mais la principale qualité de Ludovic est certainement la patience : dix ans, d’expérimentation, et d’attente, ont été nécessaires pour rendre ses sols meubles...
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Rien de plus simple pour Ludovic Joiris, que l’agriculture de conservation qu’il a adopté il y a dix ans, sans jamais regarder en arrière. « J’ai seulement investi dans les semences », résume-t-il. Il ne s’en vantera pas, mais la principale qualité de Ludovic est certainement la patience : dix ans, d’expérimentation, et d’attente, ont été nécessaires pour rendre ses sols meubles sans travail mécanique. « Sur certains types de sols, estime-t-il, les résultats sont visibles plus rapidement, en deux ou trois ans. »

L’art du mélange

Pour créer le couvert le plus adapté chez lui, Ludovic a testé près de quinze espèces différentes, cultivées ou sauvages. « Aujourd’hui, ma base, ça va être la féverole, les pois fourragers, d’hiver et de printemps, le tournesol, la phacélie. » Ludovic ajoute à ces graines de la navette avant les cultures d’automne, et du seigle avant les cultures de printemps « De manière à toujours avoir un couvert vivant quand je sème mes cultures principales. »

Chaque graine, dans le mélange, a son importance. « J’essaie d’avoir des espèces complémentaires, avec des systèmes racinaires aussi bien pivotant, qui descendent en profondeur, que fasciculés, qui restent en surface pour explorer tout le niveau souterrain. » En matière de feuillage également, les plantes sont complémentaires, afin de recouvrir toute la parcelle. « Les mélanges sécurisent également le couvert en cas d’accident climatique », explique Ludovic. Malgré ses efforts cependant, la sécheresse de 2018 a eu raison de la plupart des plantes.

Les semis sont réalisés directement après la moisson, « afin de profiter des remontées capillaires, et du maximum de température et de jour ». Objectif : avoir un couvert bien développé. Quelques jours après le semis, Ludovic effectue un passage de glyphosate, essentiel pour contrôler les adventices, avant que le couvert ne soit assez établi pour prendre le relais.

Un effet avéré sur les sols

Quand il ouvre les mottes dans ses champs, Ludovic se réjouit de voir les vers de terre, et la terre s’effriter. « On voit bien les racines, se félicite-t-il, les mycorhizes, le sol perforé. On ne peut pas le prendre, il se désagrège tout seul. »

D’après une étude réalisée par une chercheuse, dans le cadre du réseau Dephy, l’agriculture de conservation permet à Ludovic d’obtenir des résultats concrets. « On a fait des comparaisons en conventionnel, en bio avec quinze ans de recul, et en agriculture de conservation avec quatorze ans de recul. » Le sol qui était le mieux noté, tant en matière de structure que de biodiversité, était le sien. Autre indicateur important : le taux de matière organique. À dose d’engrais égale, Ludovic est passé de 1,7 % à 3,5 % de matière organique dans ses sols.

De la diversification à la lutte intégrée

C’est avant tout pour respecter le principe de diversification de l’agriculture de conservation des sols que Ludovic a introduit le lin. Mais les effets positifs de cette culture se sont révélés nombreux. Sur le colza, d’abord, puisque, selon Ludovic, le lin serait un précédent particulièrement favorable à l’oléagineuse.

« Le lin est une culture qui n’est pas appétante aux limaces, et qui laisse les terrains très secs, sans résidus. » Des conditions qui permettent aujourd’hui à Ludovic de cultiver le colza sans recourir à des produits antilimaces. Pour lui, les liens entre les différentes cultures sont une piste essentielle de développement pour ce type de système, même si elle semble peu explorée. « Si on connaissait mieux les interactions, observe-t-il, on arriverait à se débarrasser de pas mal de produits phytosanitaires. »

Travail cultural simplifié

« Là, actuellement, j’en suis à une heure vingt par hectare, tout compris. » Abandonner le labour est synonyme pour Ludovic d’une diminution de temps de travail. En ce qui concerne les charges également, les économies sont importantes. « J’utilise trois fois moins de carburant », calcule-t-il. Son parc matériel est également très réduit.

Il consacre le temps gagné à la transformation des graines de lin, en huile et en tourteaux, une activité qui lui prend aujourd’hui la plupart de ses journées. Dans l’avenir, Ludovic souhaiterait développer cet atelier, mais également, un jour, trouver un éleveur pour venir pâturer ses couverts. « Avis aux amateurs ! »

Ivan Logvenoff
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