Mercredi à Paris, comme elle l'avait fait le 23 mai 2013 avec les représentants du culte musulman, la mission sénatoriale sur la filière de la viande en France et en Europe a reçu des responsables de la religion juive. La méthode d'abattage a occupé une large part des échanges, avec un refus catégorique, de la part des représentants religieux, de l'étiquetage de la viande en fonction du mode d'abattage.

Joël Mergui, le président du consistoire central israélite de France, et Bruno Fiszon, grand rabbin de Moselle et conseiller auprès du grand rabbin de France sur l'abattage rituel, ont défendu la même position que leurs homologues du culte musulman. A savoir que, pour eux, les opérateurs utilisent une technique d'abattage dont « rien ne prouve qu'elle fait davantage souffrir les animaux » que la méthode avec étourdissement préalable.

Le débat s'est rapidement animé lorsque le sujet de la souffrance animale est arrivé sur le tapis. Sylvie Goy-Chavent, la rapporteuse de la mission, a mis en avant une expertise des scientifiques de l'Institut national de la recherche agronomique qui conclut à une plus grande souffrance des animaux abattus sans étourdissement préalable. Bruno Fiszon, vétérinaire de formation, lui a opposé des avis scientifiques contraires, l'assurant qu'il n'y a pas d'unanimité sur le sujet.

Sylvie Goy-Chavent soutient l'idée d'informer le consommateur sur la façon dont sont abattus les animaux, au nom de la liberté de conscience. Elle a déjà déposé deux projets de loi en ce sens devant le Sénat. Si les deux représentants du culte juif s'opposent à cette idée, c'est parce qu'ils ne veulent pas ouvrir la porte à de nouvelles campagne des ONG de protection animale contre l'abattage rituel et, au final, la stigmatisation de leur communauté.

Après avoir tenté d'apaiser le débat, Bernadette Bourzai, la présidente de la mission, a interrogé Joël Mergui et Bruno Fiszon sur la possibilité d'assommer les animaux immédiatement après la saignée, toujours dans l'idée de réduire la souffrance animale. Là encore, Joël Mergui s'y est opposé. « L'Europe s'honorerait à ce que [l'abattage sans étourdissement préalable, NDLR] ne soit plus une dérogation, affirme Joël Mergui. Nous en avons marre d'être une dérogation. »

Eric Roussel