C'est un éleveur de la Manche, également responsable laitier de la Confédération paysanne, qui a soulevé une nouvelle erreur d'étiquetage sur de la viande bovine. Yves Sauvaget, producteur à Saint-Ovin, possède 55 vaches laitières croisées montbéliardes x prim'holstein, ainsi qu'une dizaine de vaches allaitantes en race pure, toutes menées en agriculture biologique.

En juillet 2012, il réforme trois laitières. Surprise, quand il demande les tickets de pesée fiscaux, il constate que si l'une est bien partie en tant que race à lait, les deux autres ont été étiquetées race à viande. Il alerte la Répression des fraudes du département, qui transfère le dossier à ses collègues des Côtes-d'Armor, département dans lequel se situe l'abattoir Kermené, du groupe E. Leclerc. Puis plus rien.

Michel-Edouard Leclerc, en charge de la communication du groupe, a démenti ce mercredi. « Il n'y a eu absolument pas de tromperie, il n'y a pas eu de fraude, pas de surprofit. Sa viande a été achetée au prix du bio, a été transformée en steak bio, a été vendue comme bio et ce n'était absolument pas marqué pour le consommateur race à viande ou de la race laitière. »

« Dans cette affaire, je n'ai aucun intérêt financier, rétorque Yves Sauvaget. Dans tous les cas, j'aurais été payé le même prix, selon le poids des carcasses. En revanche, la viande n'est pas revendue au même tarif, selon qu'elle est étiquetée lait ou viande ! Ce n'est pas une histoire de bio ou non. »

Seule échappatoire pour Leclerc : si les deux animaux ont été intégralement transformés en steak haché, la mention du type racial n'est pas indispensable. En revanche, si certaines pièces ont été orientées vers la découpe, cette mention est obligatoire. Que la viande soit bio ou non.

L'enquête de la Répression des fraudes, en cours jeudi à l'abattoir, devra dire s'il y a eu erreur d'étiquetage à l'abattoir, et si cette erreur était ponctuelle ou si elle s'est renouvelée. Dans ce dernier cas, il faudra savoir si elle était délibérée.

Dans le contexte actuel de fraude à la viande de cheval, cette nouvelle affaire est malvenue. « Tous les éleveurs jouent le jeu de la traçabilité, s'insurge Yves Sauvaget. Cela nous coûte de l'argent, nous sommes facilement contrôlables. Et certaines pratiques dans l'agroalimentaire, à l'aval, sape notre travail ! »

Elsa Casalegno