Les éleveurs bloquaient, lundi, neuf abattoirs du groupe Bigard sur l'ensemble du territoire. Bruno Le Maire a annoncé qu'il réunirait mardi les acteurs de la filière de la viande. Les éleveurs de l'Ouest veulent « mettre la pression » en bloquant trois abattoirs supplémentaires.

Les producteurs mènent cette action à l'appel de la Fédération nationale bovine (FNB), de la FNSEA et de Jeunes Agriculteurs.

Ils réclament une augmentation du prix à la production de la viande bovine de 60 centimes le kilogramme de carcasse. « Depuis quinze ans, les prix aux consommateurs ont augmenté de 40 % tandis que le prix versé aux producteurs est resté stable », souligne la FNB. Les éleveurs ont vu leur situation se dégrader avec l'envolée cet été des prix des matières premières pour l'alimentation animale.

« La dernière année de revenus corrects, c'était 2006 ; on entre en quatrième année de revenus très bas pour les éleveurs de viande bovine » avec un revenu annuel moyen, selon les chiffres du ministère de l'Agriculture, d'environ 10.000 euros par éleveur lors des trois dernières années », selon la FNB.

« Malgré la hausse de 3 % de la consommation en viande rouge et la progression des exportations, les prix payés aux éleveurs ne décollent pas ! », dénoncent les syndicats. « Le niveau de rémunération des éleveurs est verrouillé par l'aval de la filiale », affirment-ils.

Parmi les neuf sites bloqués, trois sont situés dans l'Ouest – Cholet (Maine-et-Loire), Cherré (Sarthe), Coutances (Manche) –, un dans le Nord – Seignies (Nord) –, un dans l'Est – Metz (Moselle) –, trois dans le Massif central – Cuiseaux (Saône-et-Loire), Villefranche (Allier), Egletons (Corrèze) – et un dans le Sud-Ouest – Castres (Tarn).

Au cours du blocage de l'abattoir d'Egletons (Corrèze), le président de la FDSEA de la Corrèze a été « grièvement blessé par un camion espagnol destiné à approvisionner un site du groupe » Bigard, a regretté la FNSEA. « Si Bigard pense qu'en important de la viande, il va briser le mouvement syndical, non seulement il se trompe mais les éleveurs sont désormais plus mobilisés que jamais », a-t-elle ajouté.

Le ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, a annoncé qu'il réunirait mardi les acteurs de la filière de la viande.

« Je rassemblerai demain un certain nombre d'acteurs de la filière au ministère de l'Agriculture et nous regarderons ensemble quelles sont les solutions rapides que l'on peut apporter à ces difficultés », a-t-il déclaré, lundi, sur Europe 1.

« Dans l'ensemble de la filière, que ce soit les industriels, la distribution, il faut que tout le monde soit autour de la table, il faut qu'on arrive rapidement à un meilleur prix pour les producteurs », a-t-il ajouté.

« Lorsque vous avez une filière qui ne va pas bien, que vous avez des éleveurs qui sont dans la détresse (...), pour arriver à discuter sereinement, il faut d'abord que les éleveurs aient le sentiment qu'ils sont justement rémunérés. C'est le préalable absolu », a-t-il insisté.

La FNSEA s'est félicitée de cette initiative. Elle « va au moins amener le principal opérateur (groupe Bigard, NDLR) à la table des discussions à laquelle il refusait de se rendre depuis des mois », a déclaré Dominique Barrau, son secrétaire général.

Le groupe, qui a pris le contrôle de la Socopa en 2008, est montré du doigt en raison de sa position dominante. Il assure à lui tout seul 42 % de l'abattage français.

Les éleveurs de l'Ouest vont bloquer mardi trois abattoirs supplémentaires, dont celui du siège de Bigard, à Quimperlé (Finistère), a annoncé lundi la FRSEA de la Bretagne, dans un communiqué.

Cette action est destinée à « mettre la pression sur les abatteurs » alors que doit se tenir le même jour, mardi, à Paris la réunion de la filière annoncée par Bruno Le Maire.

L'action doit aussi être étendue mardi aux abattoirs Kermené (Edouard Leclerc) de Collinée (Côtes-d'Armor) et SVA de Vitré (Ille-et-Vilaine), a précisé la FRSEA.

Le syndicat avait dans un premier temps renoncé à bloquer l'abattoir de Quimperlé « afin de ne pas pénaliser les éleveurs de porcs qui l'utilisent également », selon son président, Laurent Kerlir.

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