Les professionnels de la viticulture nous avaient averti le mois dernier, en fustigeant l'optimisme des prévisions de récolte officielles pour 2010. Alors que cette vendange n'est pas encore terminée, la dernière prévision du ministère de l'Agricutlure au 1er octobre, publiée jeudi, donne une récolte inférieure à 46 millions d'hectolitres ( Mhl).

En août, les viticulteurs français devaient récolter 47,7 Mhl selon le ministère, qui a par la suite baissé son estimation lors de sa publication du début de septembre, à 47,2 Mhl. Au 1er octobre, il reste encore du raisin à rentrer dans plusieurs régions, à cause d'un problème de maturité cette année, et le ministère annonce une récolte de 45,8 Mhl, dont 22 en vins d'appellation d'origine protégée (AOP), 12,1 en potentiel de vins avec indication géographique protégée (IGP), 3,6 en autres vins et jus, et 8,1 pour les vins destinés à la production d'eaux-de-vie. A ce stade, c'est près de 1 Mhl de moins que la petite vendange de 2009 (46,8 Mhl, -2 %).

« Une des prévisions de récolte les plus faibles de la dernière décennie »

La récolte serait inférieure surtout de 6 % à la moyenne des cinq dernières années, ce qui d'après le ministère ferait de cette prévision l'une des « plus faibles de la dernière décennie ». Toutes les catégories de vins verraient leur production diminuer par rapport à 2009, exceptés les vins pour eaux-de-vie AOP.

La production des vins avec indication géographique serait en retrait par rapport à celle de l'an passé, tant pour les vins AOP (-4 %) que pour le potentiel des vins IGP (-3 %). « Le niveau réel de production de vins en IGP est cependant susceptible d'évoluer encore à la baisse, note le ministère, compte-tenu de la réforme de l'OCM vin » qui permet de commercialiser une partie de cette catégorie en vins sans indication géographique (IG).

La récolte en cognac et armagnac en hausse

Les autres vins, comprenant entre autres les volumes au-dessus des plafonds d'appellation et les vins sans IG, reculeraient aussi de 15 % par rapport à 2009, et de 11 % par rapport à la moyenne quinquennale. Seuls les vins pour eaux-de-vie AOP, incluant le cognac et l'armagnac, avec 13 % de gain par rapport à 2009, dépasseraient leur niveau quinquennal moyen.

Le service de la statistique et de la prospective (SSP) du ministère explique que ses prévisions de récolte pour 2010 ont été révisées à la baisse « compte-tenu d'incidents sanitaires et climatiques. Dans le Nord-Est, la présence de botrytis en septembre entraîne une réduction des volumes vendangés. Dans le Sud, en particulier dans le Languedoc-Roussillon, après un épisode très chaud à la fin d'août, les premières récoltes révèlent un rendement en jus réduit ». Les reculs les plus forts sont enregistrés en Alsace (-17 %), en Champagne (-12 %), dans le Sud-Ouest (-6 %), le Languedoc-Roussillon (-4 %) et le Beaujolais (-3 %).

La production européenne chute significativement en 2010

Cela dit, la France n'est pas un cas isolé dans l'Union européenne des 27, qui verrait sa production de vin et de moûts chuter fortement cette année de 176 Mhl à moins de 167 Mhl. Selon les derniers chiffres provisoires transmis par les Etats membres à Bruxelles, la récolte en Italie (premier pays producteur devant la France en 2009) baisserait de 11 % par rapport à 2009, à 45,1 Mhl. A un tel point que la France, malgré cette nouvelle petite récolte retrouverait sa première place au palmarès mondial des pays producteurs. En Espagne (troisième pays producteur dans le monde) en revanche la production de 2010 serait en hausse de 4 %, à 40,1 Mhl.

Retard végétatif, pression sanitaire et arrachages...

C'en était trop pour le millésime 2010, même si « la qualité de la récolte est pour l'heure estimée satisfaisante », tempère le ministère.

Le « petit retard végétatif » par rapport à 2009 relevé dans de nombreuses régions a provoqué la multiplication des phénomènes de coulure ou de millerandage, assez importants dans certains départements. Parfois ils ont pu entraîner une baisse du potentiel de production, indique le ministère. Les dates des vendanges contrastent avec la campagne de 2009 qui avait été exceptionnellement précoce. La récolte qui a débuté en septembre dans la plupart des vignobles, n'est pas terminée, en particulier dans les zones de rouges comme le Bordelais.

A la recrudescence déjà constatée des maladies comme le mildiou ou les maladies du bois, favorisées par l'alternance de périodes fraîches-humides et chaudes, c'est ajouté en fin de campagne une explosion de la pourriture grise (botrytis) dans le Nord-Est, affectant les volumes.

Par ailleurs, un déficit hydrique dans les régions du pourtour méditerranéen, cumulé avec les arrachages de vignes dans le cadre du programme instauré par l'OCM vin, devrait conduire à une récolte historiquement faible, avec de petits grains.

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B.V.