Difficile de dire quelles seront les conséquences à moyen terme du choix britannique. Toutefois, l’idée que le Brexit aurait d’importantes conséquences économiques et budgétaires, aussi bien pour le Royaume-Uni que pour les autres États européens, fait aujourd’hui consensus. « Dans l’agroalimentaire, les secteurs les plus touchés seraient notamment le vin et les produits laitiers, qui contribuent très nettement au solde commercial français », affirme l’Ania (Association nationale des industries alimentaires).

« Il est toujours triste de perdre un partenaire. Mais le Royaume-Uni a toujours été dans et hors de l’UE », constate Jean Arthuis, député européen (UDI–Alliance des démocrates et libéraux pour l’Europe), président de la commission des budgets du Parlement européen (PE). Dans le marché unique mais sans monnaie unique. Pas dans l’espace Schengen…

Ce vote clarifie la situation, les Britanniques ont toujours combattu la Pac. Les débats seront dorénavant plus sereinsMichel Dantin, député européen (LR–Parti populaire européen), membre de la commission de l’agriculture du Parlement européen

« Ce vote clarifie la situation, considère Michel Dantin, député européen (LR–Parti populaire européen), membre de la commission de l’agriculture du Parlement européen. Les Britanniques ont toujours combattu la Pac. Les débats seront dorénavant plus sereins ». Jean Arthuis ne dit pas autre chose : « Les Britanniques bloquaient l’évolution de l’UE qui, convenons-en est en dysfonctionnement total. »

Comme le think-tank Farm Europe, il estime que les dirigeants de l’UE vont maintenant être face à leurs responsabilités. « Pour l’agriculture, l’UE doit envoyer un signal fort, que l’immobilisme, c’est terminé. Les outils et les idées sont là, il faut réussir à avancer, arrêter de repousser les problèmes », affirme Luc Vernet, cofondateur du think-tank. Pour Farm Europe, « la politique agricole commune peut techniquement et financièrement faire face au choix du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne. Mais elle doit, plus que tout, et de toute urgence, en tirer les conséquences politiques ». « La réforme de 2013 était une réforme sociétale importante, certes. Mais pour le volet économique, qu’il a été impossible de faire avancer face aux atermoiements généralisés des responsables communautaires et nationaux, tout est encore à construire ». « Les voies ouvertes en 2013 sont trop timides pour faire face aux enjeux des risques et de la volatilité des marchés agricoles. […] Les agriculteurs doivent être protégés, sans complexes, face à la mondialisation et accompagnés dans un monde où l’agriculture européenne dispose d’atouts remarquables pour contribuer au défi de la sécurité alimentaire qu’il ne faut pas perdre de vue », ajoute Farm Europe.

Plus généralement, Jean Arthuis appelle de ses vœux l’intégration. « L’Europe doit retrouver sa place dans l’histoire. La globalisation et les responsabilités qu’elle entraîne, obligent à organiser le monde. Pas un seul pays de l’UE ne peut répondre seul à ces défis, estime-t-il. Il faut ouvrir une convention, décider quelles sont les prérogatives qui peuvent être partagées ou non, puis installer des institutions et un gouvernement, en commençant par la zone euro ».

Une refonte des institutions et une remise en question : des idées que partagent les syndicats agricoles français. La FNSEA estime qu’« en cette période difficile où l’Union européenne se cherche, le résultat de ce référendum appuie là où ça fait mal. Le Brexit met en lumière le clivage entre les attentes des peuples et les institutions européennes. Il est indispensable de repenser notre relation à l’Union européenne et redonner du sens démocratique au projet européen ». La Coordination rurale espère quant à elle « que cette décision sonnera enfin comme une alerte salutaire aux oreilles particulièrement sourdes des gouvernants européens et des institutions de l’UE ». Pour Guy Vasseur, président de l’APCA (chambres d’agriculture) : « Il faut revoir les fondations de l’Europe pour répondre aux aspirations des peuples européens et repenser l’idéal européen autour de ses valeurs de paix, de solidarité, de développement et de prospérité. »

Selon le principal syndicat agricole britannique, les pertes liées au Brexit s’établiraient entre 17 000 et 34 000 € par exploitations, ce qui pourrait entraîner la faillite de 90 % des entreprises

Agriculteurs britanniques dans la Pac jusqu’à 2019

« J’ai une pensée pour les fermiers britanniques qui vont être les grands perdants », commente Michel Dantin. Les chiffres avancés par le NFU, le syndicat agricole majoritaire outre-manche, avant le vote parlaient d’eux-mêmes : les pertes s’établiraient entre 17 000 et 34 000 € par exploitation, ce qui pourrait entraîner la faillite de 90 % des entreprises. Toutefois, ce devrait être le statu quo jusqu’à la fin des perspectives financières actuelles (2019). Pour les agriculteurs européens, a priori donc, pas de changement pour la Pac qui vient d’être mise en place, ni son budget. Il reste qu’ensuite, le budget global de l’UE va devoir être remis à plat car le Royaume-Uni est contributeur net. S’il est trop tôt pour en prédire les conséquences sur la Pac, cela ne sera sûrement pas neutre.

Le président de la NFU a appelé les agriculteurs britanniques à « ne pas paniquer » et promet de travailler avec le futur gouvernement à « une politique agricole britannique aussi simple que possible, adaptée à nos besoins et qui garantis l’égalité de traitement avec les agriculteurs européens, qui seront encore nos principaux concurrents ». En avril, le journal « Farmers Weekly » avait mis en ligne un sondage indiquant que sur 577 agriculteurs interrogés, 58 % indiquaient vouloir quitter l’Europe alors que seulement 31 % se prononçaient en faveur du maintien dans l’UE. Certaines personnalités, comme le ministre de l’Agriculture Georges Eustice, avaient d’ailleurs fait campagne en faveur du Brexit, démontrant que le chèque lié à la sortie de l’Union européenne pourrait servir à alimenter une nouvelle politique agricole spécifique.

En avril, le journal « Farmers Weekly » avait mis en ligne un sondage indiquant que sur 577 agriculteurs interrogés, 58 % avaient indiqué vouloir quitter l’Europe alors que seulement 31 % se prononçaient en faveur du maintien dans l’UE

Choc sismique avec répercussion à long terme

Ancien économiste en chef à la NFU, Sean Rickard a averti qu’un Brexit était « une mauvaise nouvelle » pour les agriculteurs britanniques. Il prévient que ce sont peut-être dix années d’incertitude qui se profilent. « Le grand danger est que certaines industries agroalimentaires déplacent un grand nombre de leurs activités dans des pays comme l’Irlande ou le Danemark pour rester dans le marché unique », craint-il, ajoutant que « l’incertitude est l’ennemi de tous les investissements ».

Les marchés agricoles impactés

« Il faut aussi revoir les accords commerciaux, souligne l’eurodéputé Michel Dantin. Et pas seulement avec le Royaume-Uni. Cela aura des conséquences sur les accords avec les pays du Commonwealth, notamment l’Australie et la Nouvelle-Zélande qui ont déjà montré une grande angoisse ».

Pour le Copa-Cogeca, le point clé « sera d’éviter toute nouvelle perturbation du marché européen de l’agriculture, compte tenu de l’importance des liens économiques avec le Royaume-Uni et de la crise actuelle des marchés agricoles ».

À moyen terme, le Brexit entraînera une limitation des échanges commerciaux via le rétablissement de droits de douane sur les flux britanico-européens ou de la perte des bénéfices associés à l’existence d’une union douanière.

Après la multiplication des réactions à chaud viendra le temps de la réflexion. Le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne doit, conformément au Traité, aboutir dans les deux ans.

Arielle Delest et Pauline Bourdois