L'accord de libre-échange en cours de négociation entre l'Union européenne et le Mercosur « ne ferait qu'accroître la dépendance déjà considérable de l'UE vis-à-vis de ces pays » en matière de denrées alimentaires et d'alimentation alimentaire, s'inquiète le Copa-Cogeca (organisations agricoles et coopératives de l'UE).

Il a lancé cet avertissement à l'occasion d'une audition publique organisée mercredi par la commission du commerce international du Parlement européen.

Une libéralisation du commerce accrue sera défavorable aux agriculteurs européens et « risque en outre d'engendrer de graves dommages environnementaux et une importante déforestation », explique-t-il, dans un communiqué.

Un quart de nos importations de denrées alimentaires viennent déjà du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) et « nous dépendons de ces pays à hauteur de deux tiers de notre approvisionnement en aliments protéiques pour animaux », observe le Copa-Cogeca.

Un accord commercial bilatéral avec le Mercosur aura pour conséquence « une hausse considérable des importations vers l'UE de viande bovine, de viande porcine, de viande de volaille, de maïs, d'ail, de sucre, d'éthanol, d'agrumes et de jus d'agrumes en provenance de ces pays, ce qui aurait un impact dévastateur sur le secteur agricole européen ainsi que sur l'économie et l'emploi dans les zones rurales », prévient-il.

Un accord avec le bloc sud-américain aurait notamment pour conséquence « d'anéantir la production bovine basée sur les pâturages en Europe, dont la valeur naturelle est particulièrement élevée ».

Le Copa-Cogeca estime que « les pertes du secteur agricole excéderaient largement les gains potentiels dans d'autres secteurs. Le fait d'offrir aux pays du Mercosur, très compétitifs, un accès supplémentaire au marché européen enverrait en outre un signal très négatif aux pays les moins avancés et aux pays ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique) ».

« Une étude réalisée par le Centre commun de recherche au nom de la Commission européenne révèle que la production de viande bovine au Brésil a pour conséquence une quantité d'émissions de gaz à effet de serre deux fois plus élevée que la production bovine européenne et quatre fois plus élevée si l'on tient compte de la déforestation », a en outre souligné Pekka Pesonen, secrétaire général du Copa-Cogeca.

« Les importations existantes de viande bovine en provenance du Brésil représentent à elles seules l'équivalent de 3 % du total des émissions de l'agriculture européenne. Toute augmentation des importations de viande bovine ne ferait que compliquer la réalisation des objectifs européens ou mondiaux de réduction des émissions », a-t-il précisé.

A la suite de la relance des négociations en 2010, deux nouveau rounds de discussions entre l'UE et le Mercosur sont prévus du 2 au 6 mai et du 4 au 8 juillet. Les offres commerciales pourraient être échangées en mai.