« L’Administration fait actuellement pression sur les agriculteurs pour qu’ils renoncent à employer des travailleurs détachés. » C’est le leitmotiv qui revient dans la bouche des responsables professionnels de la Provence-Alpes-Côte d’Azur après la révélation par la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte) de la mise au jour d’un vaste réseau de fraude entourant la main-d’œuvre étrangère.

« Des contrôles particulièrement musclés »

« Nous condamnons les manquements à la loi observés à l’issue des contrôles réalisés par les pouvoirs publics, affirme Patrick Lévêque, président de la FDSEA 13. Mais il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier. Plusieurs de nos adhérents nous ont dit avoir subi des contrôles particulièrement musclés avec, dans certains cas, des prises d’empreintes digitales. Les exploitants qui emploient des travailleurs détachés respectent la loi. »

À la mi-juin, Frédéric (1), agriculteur dans les Bouches-du-Rhône, a fait l’objet d’un contrôle particulièrement poussé sur son exploitation. Aujourd’hui, il préfère garder l’anonymat pour ne pas « mettre de l’huile sur le feu ». « J’emploie une quinzaine de travailleurs détachés durant la saison, explique-t-il. Ils viennent compléter mes équipes habituelles. »

Absence de dialogue avec les services de l’État

Une dizaine de contrôleurs de l’inspection du travail ont débarqué sur son exploitation. « Ils ont interrogé les ouvriers un par un sans ménagement. [...] Ce qui est choquant, ajoute-t-il, c’est qu’ils arrivent en étant persuadés que nous exploitons notre personnel. »

Il déplore l’absence de dialogue avec les services de l’État. « Ils nous exhortent de faire appel à des demandeurs d’emploi nationaux. Problème, lorsque nous le faisons ces personnes partent au bout d’une ou deux journées, voire de quelques heures. »

Il a décliné l’invitation du sous-préfet

Il y a trois semaines, il a contacté le groupement d’employeurs agricole de son département, Reagir, pour embaucher cinq salariés. « Je n’ai toujours pas de nouvelles, se désole t-il. Mes cultures ne peuvent pas attendre d’être cueillies. »

« Dans un contexte de forte concurrence avec l’Espagne et l’Italie notamment, nos exploitations agricoles ont besoin de personnel compétent et volontaire pour être viables, renchérit Patrick Lévêque. Elles n’ont pas vocation à être des entreprises de réinsertion sociale comme le souhaiterait l’État. »

Il a décliné l’invitation du sous-préfet d’Arles et a participé ce mois-ci à une réunion avec les représentants régionaux de la Direccte de Pôle Emploi. « Le climat n’est pas assez serein », souligne-t-il.

Chantal Sarrazin

(1) Le prénom a été changé.