Le Forum Humboldt pour l'alimentation et l'agriculture a publié lundi une nouvelle étude concernant les conséquences socioéconomiques et environnementales des néonicotinoïdes utilisés en traitements de semences.

Ce rapport a été soutenu par le Copa-Cogeca (syndicats agricoles et coopératives de l'UE), l'Association européenne des semenciers (ESA), l'Association européenne de protection des cultures (ECPA), et financé par Bayer CropScience et Syngenta. Il repose sur une analyse dans 10 pays européens (Allemagne, Pologne, Hongrie, Roumanie, Slovénie, Italie, Espagne, France, Royaume-Uni et Pays-Bas) et six cultures (maïs, betterave à sucre, colza, blé, orge et tournesol).

L'étude montre que « l'interdiction des néonicotinoïdes en protection des semences porterait gravement atteinte à une production alimentaire durable en Europe ». Les auteurs expliquent que « pour la première fois, nous avons pu quantifier la valeur socioéconomique et environnementale de cette technologie innovante et structurante pour les filières agricoles sans laquelle les rendements des cultures seraient nettement inférieurs et les marges des principaux producteurs fortement réduites, dans certains cas, de manière irréversible ».

« Ce traitement protège les cultures, notamment le colza, contre les dommages causés par les insectes, là où bien souvent il n'y a pas de traitement alternatif possible. En l'absence de ce traitement, l'on observerait un déclin substantiel de la production de colza dans l'UE, une diminution de l'alimentation animale et des matières premières disponibles pour l'industrie alimentaire, ainsi que de plus importants dégâts environnementaux », précisent les auteurs dans un communiqué paru lundi. Selon le rapport, « les agriculteurs seraient obligés de totalement modifier leur modèle économique et leurs méthodes de production. »

En France, ont été étudiées les répercussions sur deux filières, semences de maïs et porc, « qui seraient toutes deux très impactées par une interdiction, mettant en péril ces activités ».

« Nous estimons que les dommages économiques dans l'Union Européenne pourraient s'élever à 17 milliards d'euros sur cinq ans, menaçant 50.000 emplois, en particulier en Europe de l'Est, soulignent les auteurs. La perte de cette technologie porterait gravement atteinte à plusieurs filières dont la production de semences et en aval au secteur agroalimentaire au sens large. Enfin, les prix des matières agricoles pourraient s'établir en conséquence encore un peu plus à la hausse. »

Selon cette étude, « depuis son introduction dans les années 1990, la technologie de protection des semences à base de néonicotinoïdes a eu un effet structurant sur la durabilité de la production alimentaire en Europe. Nous estimons qu'elle génère plus de 2 milliards d'euros par an en produits agricoles et réduit les coûts de production d'un milliard d'euros à travers l'UE ».

« Si cette technologie était interdite en Europe, le manque de solutions alternatives efficaces signifierait un retour partiel à une protection des cultures moins durable, reposant sur des solutions chimiques âgées de plusieurs décennies. »

Dans un communiqué paru le même jour, le Copa-Cogeca a indiqué que « ce traitement améliorait de manière significative les rendements des cultures, ce qui est essentiel au vu de la volatilité extrême sur les marchés, de l'augmentation des coûts des intrants, des mauvaises conditions météorologiques et de la demande alimentaire mondiale en pleine croissance ».

Pekka Pesonen, le secrétaire général du Copa-Cogeca, a souligné : « C'est la première fois qu'une étude de ce type, qui quantifie les avantages socioéconomiques dans l'UE de ce processus de traitement des semences, a été menée. L'étude montre que la production agricole ne peut plus être considérée comme acquise et que les agriculteurs ont besoin d'une boîte à outils technologiques bien fournie pour améliorer l'efficacité de l'utilisation des ressources et rester compétitifs. »

Téléchargezle rapport (en anglais) du Forum Humboldt pour l'Alimentation et l'Agriculture.

I.E.