« J'ai pris la décision de retirer l'autorisation de mise sur le marché du Cruiser OSR sur colza », a indiqué Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, lors d'un point de presse ce vendredi 29 juin 2012.

L'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) a en effet confirmé que les éléments présentés par Syngenta, la firme qui commercialise ce traitement de semences, ne permettaient pas de remettre en cause ses conclusions du mois dernier.

Stéphane Le Foll a par ailleurs indiqué que d'autres solutions existent pour lutter contre les ravageurs du colza en végétation. Un site internet mis en place par le ministère devrait d'ailleurs permettre aux colzaiculteurs de faire le point sur les solutions restant à leur disposition.

Le ministre estime que cette décision, prise à la suite de la publication des résultats d'une étude dans la revue Sciences (décès d'abeilles produits probablement parce que le pesticide interférait avec le système de localisation de la ruche des insectes), demeure très important pour les apiculteurs.

« En cohérence avec cette décision et compte-tenu de l'approche imminente de la commercialisation et de l'utilisation des semences de colza traitées par des produits contenant du thiametoxam sur le marché européen, le ministre engage par ailleurs la procédure européenne visant à interdire les semis de colza traité par enrobage au thiametoxam », indique vendredi un communiqué du ministère de l'Agriculture.

En revanche, l'Administration tient aussi à rappeler que les produits phytosanitaires ne sont pas seuls éléments mis en cause dans la mortalité des abeilles.

L'utilisation du thiaméthoxam, molécule à l'origine de ce retrait, n'est toutefois pas remise en cause sur les autres cultures, comme le maïs.

Le ministre a de plus été indiqué que l'Efsa (Autorité européenne de sécurité des aliments) devait rendre un avis sur l'ensemble des insecticides de la famille des néonicotinoïdes avant la fin de décembre. « Nous savons que plusieurs pays se questionnent sur les insecticides de cette famille et nous souhaitons être à l'impulsion de la démarche à l'échelle européenne », a affirmé Stephane Le Foll.

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Réactions diverses

Les réactions n'ont pas tardé.

L'AGPM (Association des producteurs de maïs) s'étonne qu'on se base sur l'interprétation d'expérimentations pour le moins contestables alors que les choses « sont pourtant bien faites » avec une évaluation pointue et une homologation décennale...

De son côté, la Fop (Fédération française des producteurs d'oléagineux et de protéagineux) déplore l'annonce faite par le ministre de l'Agriculture de suspendre le Cruiser OSR, considérant qu'elle est arbitraire et qu'elle repose sur une lecture tendancieuse du rapport de l'Anses.

Syngenta dénonce une décision pénalisante pour l'agriculture française, qui utilise comme argument une seule expérience non validée et très éloignée de la pratique agricole. Pour la firme, la compétitivité de l'agriculture française est une nouvelle fois menacée par des pertes estimées à plus de 200 millions d'euros. Syngenta déposera dans les plus brefs délais un recours en référé suspension devant le tribunal administratif contre cette décision de retrait.

La Confédération paysanne considère que l'interdiction du Cruiser OSR « va dans le bon sens, mais que le ministre Stéphane Le Foll ne peut s'en tenir là : ce sont tous les insecticides systémiques de la famille des néonicotinoïdes et phényl-pyrazoles (Gaucho, Régent, Cruiser...) qui sont en cause et doivent être interdits ».

FNE (France Nature Environnement) se félicite, quant à elle, de cette décision et demande de poursuivre cette dynamique en interdisant toute la famille des néonicotinoïdes, « ces insecticides qui sont dangereux pour les abeilles ».

« On boit du petit lait avec cette décision, c'est une très bonne nouvelle que l'on attendait avec impatience, a enfin indiqué Olivier Belval, président de l'Union nationale de l'apiculture française (Unaf). Cette bonne décision en appelle une autre, l'interdiction du Cruiser 350, utilisé pour le maïs. »

C.F.