L'article 16 du règlement européen 2015/68 interdit la mise sur le marché de tracteurs neufs équipés du freinage hydraulique à simple conduite, utilisé sur tous les matériels en France, à partir de 2020. Concrètement, les nouveaux tracteurs n'auront plus de prise hydraulique pour le freinage. Les prises jaune et rouge pour le freinage pneumatique seront les seules présentes à l'arrière. Ce règlement a pour but de promouvoir le freinage pneumatique et la généralisation de la circulation à 50 km/h.

Comme il s'agit d'un règlement européen et non d'une directive, il est applicable en l'état et n'a pas à être retranscrit en droit national. Les marges de négociation sont donc inexistantes pour les constructeurs et agriculteurs français. Et pourtant, cette décision va impacter 99 % du parc français car les nouveaux tracteurs ne seront pas capables de freiner les anciens matériels, et vice-versa. Voilà qui devrait relancer les ventes de tracteurs d'occasion !

La seule solution pour utiliser les matériels traînés déjà en circulation sur les nouveaux tracteurs serait que les tractoristes développent et intègrent des circuits et prises de freinage hydraulique à double conduite. Une option peu probable car elle ne concernerait que les tracteurs vendus en France et serait donc peu rentable (homologation supplémentaire, coût de développement...).

Comme il n'est pas envisageable de changer tout le parc de matériel traîné lors du renouvellement du tracteur, le risque principal de cette règlementation est que les agriculteurs se passent de frein avec les engins autres que les remorques et tonnes à lisier. On risque donc de croiser sur la route des presses ou des cover-crops lourds freinés uniquement par le tracteur, qui pourrait de son côté être homologué pour rouler à 50 km/h.

On peut espérer que des kits de freinage hydraulique pour les nouveaux tracteurs seront proposés par certains spécialistes du rééquipement. Mais les engins ainsi modifiés devront en théorie faire l'objet d'une nouvelle homologation. Dans tous les cas, la facture pour l'agriculture française pourrait dépasser 3 milliards d'euros.

C. Le Gall