La plaine se réveille lentement et, malgré un début d'hiver plutôt rude, elle semble bien se porter. En effet, la neige présente un peu partout a souvent permis de protéger les cultures. Quelques escourgeons et orges de printemps semés en hiver peuvent néanmoins présenter des dégâts de gel mécanique.

Dans l'ensemble, les semis de céréales d'hiver ont été réalisés dans de bonnes conditions. Les premiers sont beaux et réguliers et n'accusent pas ou très peu de retard en stade. Les implantations plus tardives, réalisées après les dernières récoltes de maïs, betteraves ou pommes de terre, sont moins développées (2-3 feuilles). De plus, elle ont pu se faire dans des conditions difficiles.

« Mais, à l'heure actuelle, il suffirait de quelques jours de beau temps pour que ces plantes rattrapent leur retard », estiment les opérateurs. La majorité des blés se situe entre le début du tallage et le début du redressement. Le stade de l'épi à 1 cm est, dans de très rares cas, déjà atteint (Aquitaine ou Languedoc-Roussillon) et, pour certaines variétés sensibles à la verse, un régulateur sera parfois nécessaire.

Mais ce stade devrait plutôt être en place dans les jours à venir, jusqu'à la mi-avril.

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Le froid du mois de décembre 2010 a retardé le développement des blés, blottis parfois sous le manteau neigeux. Selon le modèle Physiosoft développé par Xavier Bailleau, agriculteur dans l'Eure-et-Loir, le stade de l'épi à 1 cm est attendu avec en moyenne une semaine de retard par rapport à 2009, qui était une année conventionnelle. Il devrait être observé d'ici à quelques jours pour les premiers blés, et à la mi-avril pour les derniers.

Le décalage est, au début de mars, assez marqué dans le centre et le nord-est de la France, hormis dans l'Yonne. A l'inverse, dans l'Ouest et le Sud, le stade de l'épi à 1 cm devrait apparaître sans retard très conséquent, voire en avance dans la Manche. La Seine-Maritime est plus tardive.

Si, en mars, la météo est très différente des valeurs saisonnières, les résultats pourraient être modifiés.

Le début du mois de février a fait penser à l'arrivée du printemps et a incité à la reprise des travaux (apports d'azote, désherbage) « sans doute un peu tôt au regard des stades culturaux », estime Xavier Bailleau.

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(1) Cet outil utilisé par Géosys simule l'apparition des stades culturaux en fonction du climat et du sol, en se basant sur des dates de semis adaptées au contexte local.

Désherbage en cours

Les premiers apports d'azote ont tout ou partie été réalisés et ont permis de donner un bon coup de fouet aux céréales. Le stade épi 1 cm se rapprochant, le deuxième apport (ou le premier pour ceux qui font l'impasse au tallage) devrait se faire sous peu. Il sera sur une bonne partie du territoire plus élevé que prévu car les résultats d'analyses de reliquats azotés sortie hiver sont généralement en baisse (lire l'encadré).

Les parcelles qui ont bénéficié de désherbages à l'automne ont souvent présenté des résultats très satisfaisants. D'autres passages ont aussi été réalisés courant janvier ou début février. Au final, quelques cas de phytotoxicité ont été observés au Sud quand l'application a été faite en conditions froides.

Ailleurs, il peut y avoir urgence à intervenir car les parcelles semées tôt sont désormais assez sales. Attention toutefois à ce que les conditions de traitement soient optimales. Si, pour le moment, le potentiel infectieux semble plutôt faible au nord de l'Hexagone, au sud, les premiers échos annoncent une présence de piétin verse, de septoriose et de rouille brune.

Quelques cas de mosaïques sont aussi observés sur blé tendre, blé dur ou orge d'hiver. Des carences en manganèse sont aussi présentes, notamment en terres filtrantes compte tenu des fortes précipitations tombées cet hiver.

Surveiller les insectes

Du côté des ravageurs, à part quelques attaques de taupins dans le Poitou-Charentes et les Pays de la Loire qui ne devraient pas avoir trop d'incidence, les pucerons et cicadelles n'ont pas fait parler d'eux cet automne, car l'hiver est arrivé tôt.

Sur colza, pas de gros dégâts à constater non plus, sauf avec les larves de grosses altises dans le grand Sud-Ouest : « Ce problème est beaucoup moins accentué que l'an passé car les agriculteurs ont mieux maîtrisé ce coléoptère », commente un opérateur du Poitou-Charentes.

Les premiers insecticides ont été appliqués sur le charançon de la tige. Si le seuil critique n'est pas passé, les traitements devraient reprendre dès que les conditions météorologiques seront moins froides. Les méligèthes commencent aussi à être observées. Elles ne nécessitent pas encore de traitement car le stade D1 n'est généralement pas atteint, sauf sur la façade occidentale et dans le Sud-Ouest, où la vigilance est de mise.

Ainsi, les colzas ont généralement bonne mine, notamment grâce aux premiers apports d'azote. Les surfaces d'orge de printemps seraient en hausse dans les régions productrices et les protéagineux plutôt en chute compte tenu d'une marge moins élevée que sur céréales et de rendements parfois modestes l'an dernier.

Les semis de printemps d'orge, de pois et de féverole n'ont pas tous été effectués car le climat n'était pas toujours au rendez-vous.

Pas de craintes à avoir pour le moment quelles que soient les cultures, à condition que les pluies soient plus présentes qu'en janvier et février.

Des reliquats azotés plutôt en baisse

Dans la plupart des régions, des reliquats azotés en baisse par rapport à une année classique sont constatés. La perte peut atteindre parfois jusqu'à 50 % des reliquats habituels.

Trois principales raisons expliquent cela :

- un hiver froid qui a entraîné une moindre minéralisation,

- une pluviométrie importante en novembre-décembre qui a provoqué un peu de lessivage,

- et une exportation conséquente due aux bons rendements de 2010.

S'ajoutent aussi, dans une moindre mesure, une gestion de la fertilisation au plus juste et l'important développement des implantations de couverts intermédiaires (directives relative aux nitrates).

Dans les régions du sud de la France, excepté le Gard, qui n'ont pas connu d'hiver particulièrement pluvieux, seuls les bons rendements de 2010, parfois au-delà des potentiels escomptés et des précédents peu fertilisés (tournesol notamment), expliquent ce déficit d'azote.

Dans les campagnes, cette donnée a été prise en compte dans les plans de fumure, et les apports azotés sur blés et colzas ont souvent été revus à la hausse.

Isabelle Escoffier, Céline Fricotté et Florence Mélix